Recherche

Une limite à ne pas repousser

Permettre la coupe forestière au-delà de la limite nordique actuelle aurait de graves répercussions sur la forêt boréale

Par : Jean Hamann
Au nord du 51e parallèle, plus de la moitié des forêts denses d'épinettes noires (arrière-plan) sont remplacées, après feu ou coupe forestière, par des milieux ouverts (avant-plan), les pessières à lichens.
Au nord du 51e parallèle, plus de la moitié des forêts denses d'épinettes noires (arrière-plan) sont remplacées, après feu ou coupe forestière, par des milieux ouverts (avant-plan), les pessières à lichens.
Les forêts d’épinettes noires situées au nord du 51e parallèle ont une faible capacité de régénération de sorte que pratiquer des coupes forestières dans ces milieux pourrait avoir des effets catastrophiques. Voilà la conclusion à laquelle arrivent François Girard et Serge Payette, du Département de biologie et du Centre d’études nordiques, et leur collègue Réjean Gagnon, de l’UQAC, après avoir étudié la transformation des forêts boréales du Québec au cours du dernier demi-siècle. «Nous espérons que notre étude sera prise en considération par les membres du comité que le ministère des Ressources naturelles et de la Faune a créé pour réviser la limite nordique des forêts attribuables, et qu’ils en viendront, comme nous, à la conclusion que la limite actuelle ne doit pas être déplacée vers le nord», commente Serge Payette.
   
Les chercheurs ont comparé des photographies aériennes des années 1950 à des photos récentes pour déterminer ce qu’il advenait des forêts d’épinettes noires situées entre le 47e et le 52e parallèle après un feu, une épidémie d'insectes ou une coupe forestière. «Nous avons également visité 2 500 sites sur le terrain pour valider les observations faites à partir des photos», souligne François Girard. Leurs analyses, publiées dans une récente édition du Journal of Biogeography, indiquent que plus de 90 % des forêts situées à la hauteur du 48e parallèle parviennent à se reconstituer en pessières denses après une perturbation, mais cette résilience diminue rapidement à mesure qu’on se déplace vers le nord. Lorsque la perturbation survient au-delà du 51e parallèle, plus de la moitié des forêts denses sont remplacées par des milieux ouverts - des pessières à lichens -, où les arbres ne couvrent qu'entre 5 et 40 % du sol.
   
Leurs observations ont permis d’établir que, dans la zone étudiée, la superficie des pessières denses a diminué de 9 % en 50 ans au profit de la pessière à lichens, un écosystème typique des milieux plus nordiques. Cette transformation du paysage survient en raison des difficultés qu'éprouvent les forêts d'épinettes noires à se régénérer après une perturbation. Le taux de germination des graines de cette espèce serait faible dans les sols organiques. «Il faut un feu intense qui détruit la matière organique du sol pour que les graines germent bien et qu'une forêt dense soit reconstituée», explique Serge Payette.
   
Les incendies de forêt jouent donc un rôle central dans la dynamique de l’épinette noire en milieux nordiques, mais les coupes forestières ont aussi un effet marquant. La limite actuelle des coupes correspond à celle qui prévalait dans les années 1950, mais les coupes forestières, qui ne touchaient que 3,5 % du territoire dans les années 1950, en couvrent maintenant 15,5 %. L'effet combiné des perturbations naturelles et des coupes forestières fait en sorte qu'au-delà du 50e parallèle, la forêt boréale perturbée est progressivement remplacée par une forêt typique des milieux situés plus au nord. «Repousser la limite nordique où la coupe forestière est permise équivaudrait à annoncer la fin des forêts denses d'épinettes noires situées au-delà du 51e parallèle», estime François Girard.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!