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Un mal, des mots

Le diabète de grossesse doublerait le risque de retard de développement du langage chez l’enfant

Par : Jean Hamann
Entre 2 et 14 % des enfants ont une mère qui a souffert de diabète pendant la grossesse. L'incidence de ce problème de santé est en hausse.
Entre 2 et 14 % des enfants ont une mère qui a souffert de diabète pendant la grossesse. L'incidence de ce problème de santé est en hausse.
Les enfants nés de mère qui ont souffert de diabète de grossesse courent davantage de risques d’éprouver des problèmes de développement du langage, rapportent des chercheurs de l’École de psychologie dans le dernier numéro de la revue scientifique Pediatrics. Il s’agit de la première démonstration non équivoque liant le diabète de grossesse et le développement du langage, signalent les auteurs de l’étude, Ginette Dionne et Michel Boivin, de l'École de psychologie, et leurs collègues du Groupe de recherche sur l'inadaptation psychosociale chez l'enfant, Jean R. Séguin, Daniel Pérusse et Richard E. Tremblay. Des observations antérieures suggéraient que les enfants nés de mères ayant souffert de diabète pendant la grossesse avaient plus fréquemment des retards de développement moteur, cognitif et comportemental, mais aucune étude n’avait encore établi de façon concluante le lien entre diabète de grossesse et développement du langage.
  
Les chercheurs ont comparé les connaissances en vocabulaire et en grammaire de 221 enfants, dont la mère avait reçu un diagnostic de diabète gestationnel, à celles de 2612 enfants d’un groupe témoin. Les tests ont été effectués chez des enfants dont l’âge variait entre 18 mois et 7 ans. Les résultats indiquent que les enfants nés de mères qui ont souffert de diabète de grossesse obtiennent de moins bonnes notes aux tests de vocabulaire (10 mots de moins sur une échelle de 100 mots) et de grammaire que les enfants de mères bien portantes. Dans l’ensemble, les enfants nés de mères avec diabète de grossesse courent deux fois plus de risques que les autres enfants de souffrir d’un retard de développement du langage, c’est-à-dire que leurs performances langagières les classent sous la barre du 15e percentile. Les différences entre les deux groupes subsistent même après l’entrée à l’école.
   
Ces résultats ont été obtenus au terme d’analyses qui tenaient compte du statut socioéconomique de la famille ainsi que de certains facteurs qui auraient pu affecter le développement de l’enfant, notamment la consommation d’alcool et de tabac ainsi que l’hypertension de la mère pendant la grossesse. L’impact du diabète de grossesse sur le développement du langage ne serait pas inéluctable puisque le niveau de scolarité de la mère semble en atténuer les effets. «Cette protection pourrait provenir de l’environnement plus stimulant dans lequel évoluent les enfants de mères plus scolarisés, mais il pourrait aussi être attribuable à la génétique, souligne Ginette Dionne. Pour le moment, nous ne pouvons départager ces deux composantes, mais des études en cours devraient nous permettre d’apporter une réponse à cette question.»
   
Entre 2 et 14 % des enfants ont une mère qui a souffert de diabète pendant la grossesse. Les principaux facteurs de risques de cette maladie sont l’âge de la mère et son indice de masse corporelle. «Comme les femmes ont des enfants à un âge plus avancé et que l’incidence de l’obésité augmente dans la population, le taux de diabète gestationnel est clairement en hausse», souligne la professeure Dionne.

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