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Sur une trajectoire à risque

L'anxiété de séparation serait problématique chez 7% des enfants

Par : Jean Hamann
Le professeur Boivin prévient les parents qu'il n'y a pas lieu de s'alarmer si leur enfant de 18 mois éprouve de l'anxiété de séparation. «Il s'agit d'un comportement normal pendant le développement de l'enfant.»
Le professeur Boivin prévient les parents qu'il n'y a pas lieu de s'alarmer si leur enfant de 18 mois éprouve de l'anxiété de séparation. «Il s'agit d'un comportement normal pendant le développement de l'enfant.»
Votre enfant de 18 mois s'accroche désespérément à vous en présence d'étrangers, fait une crise chaque fois que vous quittez la maison et refuse obstinément de dormir seul la nuit? Il n'y a pas lieu de vous en faire outre mesure étant donné que dans la très grande majorité des cas, cette forme d'anxiété s'estompera d'elle-même avec le temps. Toutefois, il faut rester aux aguets étant donné que chez 7% des enfants, ces comportements s'accentuent avec le temps, révèle une étude dirigée par des chercheurs de l'Université Laval.

L'équipe de recherche arrive à ce constat après avoir suivi 1993 enfants entre l'âge de 18 mois et 6 ans. Pendant cette période, les chercheurs ont rencontré les mères à six reprises pour documenter la prévalence des comportements anxieux chez leur enfant. Chaque répondante devait indiquer si son enfant réagissait de façon démesurée lorsqu'elle devait s'absenter, s'il avait peur de dormir seul la nuit et s'il s'accrochait à elle de manière exagérée.

Leur analyse, qui vient d'être publiée dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry, indique qu'il existe quatre trajectoires possibles pour cette forme d'anxiété. Chez 60% des enfants, les manifestations d'anxiété de séparation sont faibles et elles le restent au fil des ans. Chez 22% des enfants, l'anxiété de séparation est faible à l'âge de 18 mois, elle augmente par la suite, mais elle diminue à partir de quatre ans. Chez 11% des enfants, l'anxiété est élevée à 18 mois, mais elle diminue constamment par la suite. «Comme ces trois trajectoires conduisent à une faible prévalence de l'anxiété de séparation à l'âge de 6 ans, elles ne sont pas problématiques», explique le responsable de l'étude, Michel Boivin, de l'École de psychologie.

Par contre, chez 7% des enfants, les manifestations d'anxiété rapportées par les mères sont élevées à l'âge de 18 mois et elles augmentent par la suite. Ces enfants devraient faire l'objet d'un suivi particulier parce que des études antérieures ont montré que ces comportements anxieux accroissent le risque de trouble d'anxiété de séparation. Ce désordre, reconnu dans le DSM-5, est caractérisé par une détresse se manifestant de façon persistante chez les enfants qui craignent d'être séparés d'un proche. Il peut conduire à des problèmes de santé ou de fonctionnement social ou émotif à l'adolescence ou à l'âge adulte.

Le professeur Boivin prévient les parents qu'il n'y a pas lieu de s'alarmer si leur enfant de 18 mois éprouve de l'anxiété de séparation. «Il s'agit d'un comportement normal pendant le développement de l'enfant. Une évaluation isolée, réalisée en bas âge, ne suffit pas à conclure qu'il y a un problème. Dans la majorité des cas, l'enfant va surmonter son anxiété de séparation. Il faut toutefois s'en assurer en répétant périodiquement les évaluations de façon à déterminer s'il est ou non sur une trajectoire à risque.»

Que doivent faire les parents pour aider leur enfant anxieux? «Dès la petite enfance, il est possible de l'entraîner à vaincre ses peurs par des expositions brèves et progressives, répond le premier auteur de l'étude, Marco Battaglia. Par exemple, les parents peuvent laisser l'enfant seul pendant de brèves périodes après avoir convenu de la durée et du contexte de leur absence. Une fois l'épreuve réussie, les parents peuvent récompenser l'enfant par des gratifications verbales ou de petits cadeaux.»

L'étude a été réalisée par Marco Battaglia, professeur associé à la Faculté de médecine de l'Université Laval et professeur à l'Université de Toronto, Évelyne Touchette, Gabrielle Garon-Carrier, Ginette Dionne et Michel Boivin, de l'École de psychologie, et Sylvana M. Côté, Frank Vitaro et Richard E. Tremblay, de l'Université de Montréal.

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