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Sur une mauvaise voie?

Les nouveaux traitements de l'asthme qui ont une cible moléculaire unique produisent des résultats modestes, constatent deux chercheurs

Par : Jean Hamann
Les personnes souffrant d'asthme sévère, qui représentent entre 11 et 32% des asthmatiques, répondent mal aux traitements existants. Les soins qu'exige leur état entraînent plus de la moitié des dépenses occasionnées par l'asthme.
Les personnes souffrant d'asthme sévère, qui représentent entre 11 et 32% des asthmatiques, répondent mal aux traitements existants. Les soins qu'exige leur état entraînent plus de la moitié des dépenses occasionnées par l'asthme.
L'asthme est une maladie respiratoire complexe et variable dans laquelle sont impliquées des centaines de molécules produites par l'organisme. Les nouveaux traitements pharmacologiques qui ont pour cible une seule de ces molécules auront forcément des effets limités chez un certain nombre de malades. Voilà la thèse défendue par le professeur Ynuk Bossé, de la Faculté de médecine et de l'Institut universitaire en cardiologie et en pneumologie de Québec – Université Laval (IUCPQ – UL), et par sa collègue Amy Chang, de l'University of Western Australia, dans un article du récent numéro de la revue Trends in Molecular Biology.

Rappelons que l'asthme est déclenché par des facteurs environnementaux tels que les allergènes, les pathogènes, l'air froid ou l'air sec. La principale manifestation de cette maladie est un rétrécissement de l'espace intérieur des voies respiratoires résultant de leur inflammation et de la contraction des muscles lisses qui les entourent. Environ 300 millions de personnes, dont près de 3 millions au Canada, sont atteintes d'asthme. Il existe des traitements pour contrôler cette maladie, mais leur efficacité est variable. «Les personnes souffrant d'asthme sévère, qui représentent entre 11 et 32% des asthmatiques, répondent mal aux traitements existants. Les soins qu'exige leur état entraînent plus de la moitié des dépenses occasionnées par l'asthme», souligne Ynuk Bossé.

Ce sont vers ces cas réfractaires que sont dirigées les recherches actuelles de nouveaux traitements. La plupart des essais cliniques en cours ont un design similaire: ils portent sur un médicament qui bloque une molécule spécifique chez des sous-groupes de patients sélectionnés en fonction de critères comme le sexe, l'âge ou la présence de certains marqueurs moléculaires endogènes. Après avoir passé en revue les résultats de ces essais, les chercheurs Chang et Bossé constatent que ces nouveaux médicaments apportent des bénéfices marginaux à un faible pourcentage de patients. «L'asthme est une maladie très complexe dont les causes varient d'un patient à l'autre, rappelle le professeur Bossé. Il ne faut pas se surprendre que le fait de bloquer une molécule dans la mer de cytokines et de médiateurs inflammatoires impliqués dans cette maladie produise peu de résultats.» Pour illustrer cette situation, le chercheur utilise l'image d'un arbre envahi par des dizaines d'espèces de fourmis. «Si on utilise un insecticide qui cible une seule de ces espèces, l'arbre sera encore infesté de fourmis après le traitement.»

Afin d'améliorer l'efficacité des traitements offerts aux patients, le professeur Bossé croit qu'il serait plus productif de prendre le problème par l'autre bout, en faisant appel à la médecine personnalisée de précision. «Chaque patient asthmatique réfractaire aux traitements existants devrait faire l'objet d'un examen poussé afin d'établir ce qui cause la maladie dans son cas particulier. À partir de là, on pourrait lui faire une prescription adaptée.» Il estime également qu'on gagnerait à investir davantage d'énergie et de fonds dans les travaux visant à mieux comprendre les processus moléculaires en cause dans l'asthme et dans le développement de nouvelles approches qui ne ciblent pas uniquement une molécule, par exemple la thermoplastie bronchique. Cette intervention pratiquée par endoscopie consiste à détruire une partie des muscles lisses de la paroi des bronches à l'aide d'un traitement thermique.

Les travaux du professeur Michel Laviolette, pneumologue à l'IUCPQ – UL, ont montré que la thermoplastie bronchique améliore de façon durable la condition des personnes atteintes d'asthme sévère. «Ce traitement est efficace et son coût est moindre que celui entraîné par la prise de médicaments pendant toute une vie, signale Ynuk Bossé. On ne comprend pas parfaitement par quels mécanismes cette intervention produit ses bienfaits, mais si on y arrivait, on pourrait en tirer des leçons qui pourraient améliorer le traitement des 50% d'asthmatiques dont la maladie est encore mal contrôlée.»

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