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Sur les traces du discours pictural spirituel de Rembrandt

Dans le cadre de sa thèse de doctorat en théologie, Robert Bertrand a créé un instrument d’analyse original pour l’étude, en art figuratif, de tableaux à caractère religieux d’inspiration chrétienne

Par : Yvon Larose
Dans la version de 1648 des Pèlerins d'Emmaüs de Rembrandt, le Christressuscité se révèle à deux de ses disciples au moment où il rompt le paindans le but de le partager.
Dans la version de 1648 des Pèlerins d'Emmaüs de Rembrandt, le Christressuscité se révèle à deux de ses disciples au moment où il rompt le paindans le but de le partager.
En histoire de l’art, l’interprétation d’œuvres figuratives à caractère religieux d’inspiration chrétienne a de tout temps représenté une tâche difficile et incertaine en raison de l’absence d’un instrument d’analyse qui ferait le lien entre une esthétique de l’art et une esthétique chrétienne ou, si l’on préfère, entre l’objet physique qu’est le tableau de l’artiste et le monde immatériel qu’est la spiritualité. Les choses pourraient cependant changer grâce à Robert Bertrand qui vient de terminer une thèse de doctorat en théologie sur le sujet. «Le théologien catholique suisse Hans Urs von Balthasar a conçu un système qui s’appuie sur les notions de beauté, de bien et de vérité incarnées en Jésus-Christ, explique-t-il. J’ai modélisé les principes d’esthétique théologique de ce dernier, puis j’ai défini une grille d’analyse pour les œuvres à caractère religieux. Enfin, j’ai appliqué cette grille à quatre tableaux que Rembrandt a peints au 17e siècle sur le thème de la rencontre des pèlerins d’Emmaüs avec le Christ ressuscité.»

La grille d’analyse s’est révélée performante et fonctionnelle, aux dires de Robert Bertrand. Dans cette grille, le Christ, en guise de «porte d’entrée», sert de modèle d’analyse et de référence d’évaluation. «Pour interpréter et évaluer la spiritualité chrétienne d’un tableau, précise Robert Bertrand, nous nous servons du processus d’intellection de la «figure du Christ» comme base de modélisation du protocole d’analyse artistique. Ce méga concept a été découvert par Balthasar. Il englobe tout ce qui a été dit sur le Christ dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Selon Balthasar, l’expérience chrétienne est une expérience esthétique. Il faut donc des critères d’esthétique théologique pour la traduire ou l’interpréter en mots ou en images.» À cette fin, Robert Bertrand a défini neuf critères d’analyse. «Ce qui est remarquable avec cette méthode, insiste-t-il, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’avoir la foi pour l’utiliser, il suffit de connaître minimalement les bases du christianisme.»

La version de 1648 des Pèlerins d’Emmaüs de Rembrandt montre ce moment extraordinaire où le Christ ressuscité se révèle à deux de ses disciples. La lumière, à la fois naturelle et surnaturelle, crée une ambiance mystique. Grâce à sa grille d’analyse, Robert Bertrand a découvert que le véritable sens du tableau n’est pas la fraction du pain, comme on a toujours cru, mais bien la rencontre avec Dieu. «Dans ce tableau, soutient-il, les jeux d’ombre et de lumière créent des élans de transcendance. L’attitude de contemplation de Jésus, son regard tourné vers le haut, le décrit en relation avec le Père tout en étant physiquement présent dans l’ici et le maintenant de la vie humaine. C’est là, à mon avis, un véritable tour de force en technique picturale. L’image de Dieu décrit par Rembrandt est donc celle d’un Dieu accessible, au cœur du quotidien.»

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