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Stratégie gagnante

Selon David Beaudoin, les entraîneurs-chefs de la Ligue nationale de hockey auraient avantage à retirer leur gardien de but plus souvent et surtout plus tôt en troisième période 

Par : Yvon Larose
Entre un et trois points de plus au classement général en fin de saison. C’est le gain qu’obtiendrait une équipe moyenne de la Ligue nationale de hockey (LNH) au terme des 82 parties régulières si l’entraîneur-chef démontrait plus d’audace à l’endroit de son gardien de but. Comment? En retirant celui-ci en faveur d’un attaquant supplémentaire plus souvent et surtout plus tôt en troisième période, comparativement à la stratégie utilisée actuellement par les entraîneurs-chefs lorsque leur équipe tire de l’arrière. C’est là la conclusion assez surprenante d’une étude statistique récente réalisée par David Beaudoin, professeur adjoint au Département d’opérations et systèmes de décision, et son confrère Tim B. Swartz, de l’Université Simon-Fraser.

«En 2007-2008, 43 % des 30 équipes de la LNH auraient grimpé d’au moins une place au classement final de la saison régulière si on leur avait ajouté deux points de plus, explique David Beaudoin. Le classement final est tellement serré ces années-ci que quelques points supplémentaires peuvent changer la donne entre une participation ou non aux séries éliminatoires.»

L’étude a été réalisée en 2009. Elle est présentement à l’étape de la première lecture à la revue scientifique The American Statistician. Les deux chercheurs ont recueilli des données sur les 1 230 parties disputées durant la saison régulière de 2007-2008 dans la LNH. Les données obtenues ont servi à constituer un fichier Excel contenant plus de 28 000 lignes d’information. «Nous avons découvert qu’il s’est joué 652,4 minutes en 2007-2008 en l’absence d’un gardien de but, soit dans 54 % des matchs», indique le professeur Beaudoin.

À l’aide d’un programme de simulation qu’ils ont conçu, les chercheurs ont considéré quatre scénarios de partie différents. Un de ces scénarios est lorsque l’équipe visiteuse tire de l’arrière par un but avec trois minutes à jouer au match. Ils ont ensuite testé un certain nombre de stratégies centrées sur le retrait du gardien de but. Ainsi, dans le scénario un, la stratégie qui s’avère la plus judicieuse et qui maximise les chances de l’équipe visiteuse de remonter la pente consiste à retirer le gardien de but avec trois minutes à jouer et à le garder sur le banc jusqu’à ce qu’on parvienne à créer l’égalité, ou que la partie se termine. «Nous avons simulé 150 millions de parties entre des équipes moyennes de la LNH pour chaque combinaison de scénario et de stratégie, poursuit le chercheur. Cela donne, au total, près de 3 milliards de parties simulées.»

Au cours de la période étudiée, les équipes qui se défendaient face à une formation sans gardien de but ont été pénalisées 84 fois, tandis que celles qui attaquaient ont reçu 44 punitions. «Ce ratio de presque 2 pour 1 montre que non seulement la décision de retirer son gardien de but force l’occurrence d’un but plus rapide, mais elle augmente vos chances d’obtenir un avantage numérique», souligne David Beaudoin.

Les deux chercheurs considèrent que les entraîneurs-chefs de la LNH sont «trop conservateurs» sur le plan de la stratégie relative au gardien de but. Les données recueillies durant la saison 2007-2008 montrent qu’ils retirent leur gardien avec une minute à faire en temps réglementaire, si leur équipe tire de l’arrière par un but, et avec une minute et demie à faire si l’écart est de deux buts. «Rien ne prouve qu’il s’agit d’une bonne stratégie, affirme David Beaudoin. Au contraire, tous les articles scientifiques publiés sur le sujet démontrent l’utilité d’adopter une stratégie plus agressive.»

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