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Soins palliatifs: un médecin sur trois en surmenage professionnel

Une étude suggère qu'il faut soutenir davantage le secteur des soins palliatifs et encourager les programmes favorisant la résilience des médecins

Par : Jean Hamann

Exercer la médecine dans une unité de soins palliatifs est, on le devine, très éprouvant sur le plan émotif. Une étude pancanadienne qui vient de paraître dans la revue BMC Palliative Care en apporte une nouvelle preuve. Les auteurs de l'étude, dont le professeur Bruno Gagnon de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, rapportent que 38% des médecins en soins palliatifs affichent un niveau élevé de surmenage professionnel.

Ce constat découle d'une enquête menée entre mars et avril 2019 auprès des membres de la Société québécoise des médecins en soins palliatifs et de la Canadian Society of Palliative Care Physicians. Vingt-neuf pour cent des 569 médecins membres de ces associations ont répondu à un questionnaire en ligne portant sur le surmenage professionnel et la résilience au travail.

L'analyse des réponses montre que:

  • 36% des répondants ressentent un degré élevé d'épuisement émotionnel
  • 15% ont un score élevé de dépersonnalisation (réponse insensible et impersonnelle envers les patients)
  • 8% ont un faible score de réalisation personnelle au travail

L'épuisement professionnel est plus faible chez les médecins de plus de 60 ans et chez ceux qui travaillent plus de 60 heures par semaine.

«Ce dernier résultat pourrait refléter le fait qu'il y a un élagage chez les médecins en soins palliatifs. Ceux qui sont épuisés et ceux qui n'éprouvent pas un sentiment de réalisation personnelle en soins palliatifs y consacrent moins de temps ou quittent le domaine, alors que ceux qui s'accomplissent professionnellement restent et ne comptent pas leurs heures», commente Bruno Gagnon.


« Le système de santé injecte énormément d'argent dans le traitement des patients, mais il y a peu de ressources pour les soins palliatifs et de fin de vie. »
Bruno Gagnon

Que faire pour le pourcentage tout de même important de répondants qui se retrouve sur une corde raide professionnelle? «Les problèmes peuvent provenir de l'environnement de travail, de facteurs personnels et d'une combinaison des deux. Il faut que les solutions s'attaquent à tous ces facteurs», répond le professeur Gagnon, qui pratique lui-même en soins palliatifs en plus de former des résidents dans ce domaine.

Sa première suggestion: investir davantage de ressources dans les soins palliatifs. «Le système de santé injecte énormément d'argent dans le traitement des patients, mais il y a peu de ressources pour les soins palliatifs et de fin de vie. Les médecins et les infirmières en soins palliatifs se retrouvent souvent avec des charges de travail trop importantes.»


« Auparavant, les médecins arrivaient en soins palliatifs en mi-carrière, avec un bon bagage d'expérience. Maintenant, on voit de plus en plus de résidents qui choisissent de pratiquer en soins palliatifs dès leur entrée dans la profession. Ils méritent d'être soutenus en début de carrière. »
Bruno Gagnon

Sa seconde suggestion: constituer des équipes multidisciplinaires. Pour éviter l'isolement et pour avoir l'impression d'offrir les meilleurs soins possible aux patients, les médecins doivent pouvoir s'intégrer dans une équipe composée d'infirmières, de pharmaciens, de physiothérapeutes, d'ergothérapeutes et de psychologues.

Enfin, il faut encourager les programmes visant à développer la résilience des médecins en soins palliatifs. «Un mentorat offert par des médecins expérimentés est l'une des façons d'y arriver, estime le professeur Gagnon. Ça me paraît particulièrement important aujourd'hui. Auparavant, les médecins arrivaient en soins palliatifs en mi-carrière, avec un bon bagage d'expérience. Maintenant, on voit de plus en plus de résidents qui choisissent de pratiquer en soins palliatifs dès leur entrée dans la profession. Ils méritent d'être soutenus en début de carrière.»

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