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Mieux vaut tard que jamais

Restaurer les lacs où prolifèrent les algues bleu-vert exige du temps et c’est pourquoi il faut passer à l’action dès maintenant

Par : Jean Hamann
«Pour contrôler les algues bleu-vert, il faudra adopter des plans d’action plus audacieux qui assurent une gestion proactive des lacs plutôt que de s’en remettre à des mesures palliatives et des moyens technologiques qui entraînent souvent d’autres problèmes». Voilà la solution mise de l’avant par le professeur Reinhard Pienitz, du Département de géographie, lors du colloque «Cyanobactéries: mieux connaître pour mieux gérer», présenté sur le campus le 24 janvier, sous l’égide de l’Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société.
   
La position du professeur Pienitz découle de ses observations comme chercheur au Centre d’études nordiques, mais aussi comme membre du Conseil du bassin du lac Saint-Augustin, un plan d’eau de la région de Québec durement frappé par les algues bleu-vert (aussi appelées cyanobactéries). Devant un auditoire composé d’environ 200 personnes, le professeur Pienitz a cité une étude qu’il a réalisée à Schefferville pour démontrer que, lorsque l’écologie des lacs est en cause, il vaut mieux prévenir que d’essayer de guérir. Pendant plus de 40 ans, les eaux usées de cette ville ont été déversées directement dans le lac Dauriat. À la suite de la fermeture de la mine en 1982, la presque totalité des 5 000 personnes qui vivaient là-bas a plié bagage, mettant ainsi fin aux déversements. Pourtant, des données que l’équipe du professeur Pienitz vient de publier indiquent que vingt ans plus tard, le lac n’a toujours pas retrouvé son équilibre naturel. «Le retour des écosystèmes lacustres perturbés à leur état original est long, sinon impossible, conclut-il. Il faut donc éviter d’en arriver là.»
   
Son expérience au sein du Conseil du bassin du lac Saint-Augustin lui a appris que l’adoption de mesures contraignantes, qui permettraient de mieux conserver les lacs, n’est pas chose facile. «Les gens ont des intérêts très divergents par rapport à l’utilisation des lacs, admet-il. Il faudrait tout de même aller plus loin qu’on ne l’a fait jusqu’à maintenant.»

Occupation double
Les gens qui espèrent que la science trouvera moyen d’éliminer les algues bleu-vert des lacs méconnaissent la biologie de ces espèces, a expliqué pour sa part l’organisateur de l’événement, Warwick Vincent. Le professeur du Département de biologie et chercheur au Centre d’études nordiques a rappelé que ces algues étaient déjà présentes il y a 2,5 milliards d’années et qu’elles ont conquis tous les coins de la planète. On les trouve dans les lacs, les étangs, les rivières, les estuaires, les océans et même dans des milieux terrestres comme la grotte de Lascaux ou les catacombes de Rome. «Elles aiment particulièrement la chaleur, mais certaines espèces se développent sur les plateformes de glace de l’Arctique et de l’Antarctique, dit-il pour illustrer leur grande adaptabilité. Les mécanismes de survie qu’elles ont développés font en sorte qu’il est très difficile de s’en débarrasser. Elles font partie du milieu naturel.»
   
Le professeur Vincent a rappelé que même les lacs en bon état peuvent connaître des explosions temporaires d’algues bleu-vert et qu’il ne faut pas appuyer sur le bouton panique pour autant. Seulement quelques-unes des 2 000 espèces d’algues bleu-vert sont dangereuses pour l’humain. Malheureusement, ce sont celles-là qui envahissent soudainement les plans d’eau pendant les périodes chaudes de l’été.
   
Si on ne peut éliminer les algues bleu-vert, peut-on au moins les contrôler? Ces espèces raffolent de deux choses, a rappelé le professeur Vincent: des températures qui avoisinent les 25 degrés Celsius et le phosphore. Comme on ne contrôle pas la météo, la seule façon d’empêcher leur prolifération est de s’attaquer à ce qui augmente la quantité de phosphore dans les lacs, notamment les engrais, les savons, les fosses septiques défectueuses et le déboisement des berges. «Les lacs du sud du Québec ont atteint un seuil critique de sensibilité, résultant de plusieurs décennies de dégradation, qui fait que toute addition de phosphore a maintenant d’importantes répercussions, explique-t-il. Corriger la situation exige beaucoup de temps et c’est malheureux que nous n’ayons pas commencé à nous occuper du problème il y a 50 ans. Mais, pour la même raison, nous devons passer à l’action dès maintenant.»

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