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L'heure du test oral a sonné

Les probiotiques promettent beaucoup in vitro, mais tiendront-ils parole dans la bouche?

Par : Jean Hamann
Dans la guerre sans fin que se livrent les millions d'organismes microbiens qui peuplent la bouche, les probiotiques peuvent-ils faire pencher la balance en faveur des bons? C'est ce que prétendent les fabricants de nouveaux produits probiotiques vendus sur Internet sous forme de pastilles, de gomme à mâcher ou de rince-bouche. «Les expériences in vitro laissent présager un potentiel indéniable pour les probiotiques, mais il reste à démontrer que ce potentiel peut s'exprimer dans la bouche des gens. Jusqu'à présent, il n'y a pas eu assez d'études solides faisant appel à un grand nombre de sujets pour conclure à leur efficacité», résume le professeur Daniel Grenier de la Faculté de médecine dentaire. Le professeur Grenier, sa collègue Fatiha Chandad et l'étudiante-chercheuse Laetitia Bonifait, du Département de biochimie et de microbiologie, signent un article synthèse sur le sujet dans un récent numéro du Journal of the Canadian Dental Association.

Les probiotiques sont des bactéries ou des levures qui peuvent être consommées sans danger et qui, au-delà de leur valeur nutritive, procurent des bienfaits pour la santé humaine. En santé buccale, le probiotique idéal serait capable de s'épanouir dans l'écosystème buccal et de rivaliser avec les bactéries nocives rendant ainsi moins probable l'apparition de la carie dentaire, des maladies parodontales ou de l'halitose (mauvaise haleine). «Il y a des données qui montrent que certaines espèces de bactéries, qui vivent naturellement dans la bouche, sont plus abondantes chez les gens qui n'ont pas de problèmes buccaux. Le principe derrière l'approche probiotique serait de donner des suppléments de bactéries protectrices aux personnes vulnérables ou à celles qui désirent une protection additionnelle», explique le professeur Grenier.
   
Toutefois, il ne faut pas se faire d'illusions sur la portée réelle de ces produits. «Ils ne remplaceront jamais le brossage de dents», prévient-il. Beaucoup de travail attend encore les chercheurs intéressés par ce domaine. D'abord, l'identité des espèces les plus efficaces pour rivaliser avec les bactéries nocives de la bouche reste à établir. «Idéalement, il faudrait trouver une ou quelques espèces en mesure de contrer les principaux problèmes buccaux.» Il faudra aussi déterminer quelle est la meilleure façon de livrer ces bactéries vivantes dans la bouche afin de permettre une colonisation durable de cet écosystème. En plus des pastilles, de la gomme et du rince-bouche, il serait envisageable d'en inclure dans des aliments comme le lait, le fromage et le yogourt parce que plusieurs bactéries probiotiques appartiennent au groupe des lactobacilles. Toutes ces questions alimentent les plans du professeur Grenier pour les années à venir. «Ça fait un bon moment que je fais de la recherche fondamentale en écologie buccale et je veux maintenant investir plus d'énergie dans les choses applicables.»

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