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L'enfer, c'est les autres

Le Québécois moyen appuie les mesures pour contrer les changements climatiques, à condition qu'elles ne touchent pas ses habitudes de vie

Par : Jean Hamann
Les Québécois appuient les mesures visant à contrer l'émission de gaz à effet de serre (GES) dans les transports et à la maison, surtout lorsque ces mesures ciblent les comportements des autres et pas les leurs. C'est l'une des incohérences de la lutte aux changements climatiques soulevées par Pierre Gosselin, professeur au Département de médecine sociale et préventive et responsable scientifique du volet santé du Plan d’action du gouvernement du Québec en matière de changements climatiques, lors d'une conférence prononcée sur le campus le 30 septembre.
   
L'amélioration du transport en commun, l'inspection obligatoire des autos de plus de sept ans, les subventions gouvernementales pour l'achat d'autos moins polluantes, l'interdiction de construire des résidences dans des zones à risques et l'amélioration de l'isolation thermique des maisons jouissent d'un appui digne de la tarte aux pommes au Québec avec un taux d'approbation de plus de 80 %. Par contre, cet appui fond comme crème glacée par jour de canicule lorsque les mesures les touchent directement: 60 % de la population s'oppose à une hausse des taxe sur l'achat d'une automobile et, à l'encontre de tout sens civique, le tiers de la population s'oppose à l'interdiction du chauffage au bois lorsqu'il y a alerte au smog.
  
Si les Québécois ne sentent pas qu'il y a urgence en la demeure, c'est peut-être parce que les pays qui produisent le plus de GES ne sont pas ceux qui doivent composer avec les impacts les plus criants. «Présentement, ce sont surtout les pays d'Afrique et d'Asie qui écopent, non pas parce que le nombre d'événements climatiques catastrophiques y est plus élevé, mais parce que les moyens pour y faire face font défaut, souligne Pierre Gosselin. Ils disposent de moins de ressources et ils sont moins bien organisés pour porter secours aux sinistrés.»

Des manifestations discrètes
Mis à part le déluge du Saguenay en 1996 et la tempête de verglas en 1998, les changements climatiques font leur oeuvre à petit feu au Québec. Malgré cette apparente discrétion, le nombre de Canadiens affectés par des catastrophes hydrométéorologiques est passé de 80 000 pour la période 1984-1993 à 600 000 pour la période 1994 - 2003. Si la tendance se maintient, d'ici la fin du siècle, Blanc-Sablon se retrouvera avec le climat actuel de Rimouski, Rimouski aura le climat actuel de Montréal, et Montréal sera comme l'actuel Pittsburgh, a signalé le conférencier.
   
À l'aide d'un modèle élaboré dans le cadre du programme Ouranos, Pierre Gosselin et ses collègues Bernard Doyon et Diane Bélanger ont établi qu'au Québec seulement, le réchauffement climatique causera environ 550 décès en 2050, et 1 500 décès en 2080, et ce, sans tenir compte du vieillissement de la population. Ces décès seront causés par une augmentation du nombre de jours où le mercure dépasse 30 degrés Celsius, par la pollution atmosphérique accrue et par l'arrivée de nouvelles maladies infectieuses, notamment la maladie de Lyme et le virus du Nil occidental. «Le Québec a les ressources pour composer avec les impacts d'un scénario où la quantité de CO2 atmosphérique doublerait. Si ça augmente plus que ça, on ne sait pas si l'on sera en mesure de répondre adéquatement», a admis le professeur.
   
Selon Pierre Gosselin, le discours sur la nécessité d'innover pour trouver des solutions à la hausse des GES et pour s'adapter aux changements climatiques sonne creux. «Les technologies existent déjà et on les connaît depuis longtemps. Elles ont pour nom la marche, le vélo, le train, le tramway, les impôts, les taxes et l'aménagement urbain.»  Il ne faut pas ménager les efforts pour expliquer et répéter les enjeux des changements climatiques, surtout auprès des jeunes, insiste-t-il. «On aurait tort de croire qu'ils sont gagnés à la cause. Il suffit de constater leur empressement à acheter une voiture dès qu'ils ont passé leur permis de conduire pour s'en convaincre. Il faudrait énormément d'argent pour contrebalancer toute la publicité qui nous incite à consommer et à produire des GES. L'an dernier seulement, l'industrie automobile a consacré 70 milliards de dollars en publicité pour promouvoir ses produits à travers le monde.»

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