Recherche

Le lichen des caribous: une vie sexuelle cachée?

La reproduction sexuée pourrait expliquer la structure génétique des populations québécoises de ce lichen

Par : Jean Hamann
La cladonie étoilée, plus connue sous le nom de lichen des caribous ou mousse à caribou, forme des tapis continus sur le sol des forêts boréales, dans toutes les régions nordiques du monde.
La cladonie étoilée, plus connue sous le nom de lichen des caribous ou mousse à caribou, forme des tapis continus sur le sol des forêts boréales, dans toutes les régions nordiques du monde.

La cladonie étoilée est une espèce typique des régions circumpolaires nordiques, reconnaissable aux vastes tapis continus qu'elle forme dans les pessières à lichen. Les biologistes ont longtemps cru que cette espèce se propageait essentiellement de façon végétative, par l'entremise du vent ou d'animaux qui dispersaient des fragments de lichen sur quelques mètres. Une étude publiée dans l'American Journal of Botany par une équipe de l'Université Laval et du Field Museum of Chicago, remet cette croyance en question et porte à penser que la reproduction sexuée occupe une place importante dans l'écologie de cette espèce.

La stagiaire postdoctorante Marta Alonso-Garcia, du Département de biologie et de l'Institut de biologie intégrative et des systèmes de l'Université Laval, a analysé le génome de 122 spécimens de cladonie étoilée échantillonnés le long d'un transect nord-sud allant du Nunavik au parc national des Grands-Jardins, dans Charlevoix. «La pessière à cladonie de ce parc se trouve environ 500km au sud de sa répartition naturelle, souligne la postdoctorante. C'est d'abord pour tenter de déterminer la provenance des cladonies étoilées de cette pessière que nous avons réalisé cette étude génétique.»

Les analyses ont révélé que 10% des spécimens de cladonie étoilée examinés par les chercheurs sont porteurs de structures sexuelles, appelées apothécies, qui produisent des spores.

Les espèces végétales qui se reproduisent de façon clonale affichent généralement peu de diversité génétique. De plus, lorsqu'elles sont isolées géographiquement, elles sont génétiquement distinctes. «À notre grande surprise, nous avons constaté que ce n'était pas le cas pour la cladonie étoilée. Chaque population de ce lichen montre une diversité génétique élevée, et la population des Grands-Jardins n'est pas génétiquement distincte de celles situées plus au nord. Il semble y avoir une migration constante d'individus entre toutes les populations que nos avons étudiées», résume la postdoctorante.


« Il semble y avoir une migration constante d'individus entre toutes les populations que nous avons étudiées. »
Marta Alonso-Garcia

La dispersion de fragments de cladonie étoilée sur quelques mètres ou sur quelques dizaines de mètres peut difficilement expliquer la structure génétique des populations québécoises de ce lichen. L'autre hypothèse est que cette espèce se reproduit sexuellement et que les spores qui en résultent sont dispersées sur de grandes distances. «Nous avons examiné attentivement nos spécimens et nous avons découvert que 10% d'entre eux sont porteurs d'organes sexuels – des apothécies –, qui produisent des spores. La présence de ces structures et la diversité génétique élevée des populations de cladonie étoilée suggèrent que la reproduction sexuée pourrait être plus courante que ce qui a été rapporté jusqu'à présent chez cette espèce emblématique du Nord.»

L'étude publiée dans l'American Journal of Botany est signée par Marta Alonso-Garcia, Serge Payette et Juan Carlos Villarreal, de l'Université Laval, et par Felix Grewe, du Field Museum of Chicago.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!