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«La France peut être heureuse sans Québec»

Les Fêtes de la Paix de juin 1763 qui ont eu lieu à Paris pour célébrer la fin de la guerre de Sept Ans ont passé sous silence la perte du Canada

De la Fosse, Fête de la Paix, dessin, 1763, Musée du Louvre
«Si je ne voulais que faire entendre ma voix, monseigneur, je me tairais dans la crise des affaires où vous êtes. Mais j’entends les voix de beaucoup d’étrangers, toutes disant qu’on doit vous bénir si vous faites la paix à quelque prix que ce soit […] Je suis comme le public, j’aime mieux la paix que le Canada, et je crois que la France peut être heureuse sans Québec.» Signée de Voltaire et adressée au comte de Choiseul en septembre 1762, cinq mois avant la signature officielle du traité de Paris le 10 février 1763, cette lettre ne concerne pas que son illustre auteur, de stipuler Alain Laberge, professeur au Département d’histoire. «L’affirmation de Voltaire reflète une opinion extrêmement répandue en France à la fin de la guerre de Sept Ans selon laquelle il était temps de se concentrer sur la paix et que le Canada, ces “quelques arpents de glace”, ne valaient pas toute l’énergie consacrée à tenter de se les approprier», dit Alain Laberge, spécialiste de l’histoire de la Nouvelle-France et l’un des conférenciers au colloque international sur le Paris du 16e au 18e siècle qui a eu lieu récemment au Musée de la civilisation. L’événement était organisé par le Cercle interuniversitaire d’étude sur la République des Lettres (CIERL).

Absence de rappel
Selon Alain Laberge, l’opinion de Voltaire témoigne non seulement de la distance géographique importante entre Paris et ses colonies d’Amérique du Nord, mais aussi d’une très grande distance affective. La fin de la guerre de Sept Ans ramène bien évidemment la paix et le bon peuple s’en réjouit. Mais la France vient tout de même de perdre gros en restituant à la Grande-Bretagne le Canada, l’Acadie et d’autres territoires. Lors des préparatifs et du déroulement des Fêtes de la Paix de juin 1763 à Paris, aucune allusion n’est ainsi faite sur les résultats de la guerre et sur la teneur du traité. Cette absence de rappel n’est pas surprenante en soi, mais montre à quel point Voltaire avait raison quand il affirmait que la France n’avait pas besoin du Québec pour être heureuse. Cela dit, malgré les énormes pertes qu’a connues la France, les Fêtes de la Paix de 1763, d’une durée de trois jours, battront leur plein dans les rues de la ville de Paris, comme le veut la coutume lorsqu’un conflit d’importance se termine. Selon Alain Laberge, ces fêtes diffèrent cependant quelque peu des autres. La première journée est ainsi mobilisée par une cérémonie d’inauguration d’une statue équestre du roi sur la nouvelle Place Louis-XV, à peu près où se trouve aujourd’hui la Place de la Concorde. Or, fait remarquer Alain Laberge, l’élaboration de cette place remonte à la fin de  la guerre de Succession d’Autriche, en 1748, où la France avait été victorieuse. 

«En procédant à cette inauguration, la France a peut-être voulu récupérer en quelque sorte la victoire de 1748, estime Alain Laberge. Comme si elle avait voulu mettre un baume sur l’immense défaite de la guerre de Sept Ans et en minimiser les pertes. Une chose est certaine, pendant ces trois jours de fête, on n’a senti aucune amertume chez les Français.»
     

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