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La force du mental

La répétition virtuelle d'un mouvement peut servir à la réadaptation physique, mais il faudra peaufiner cette approche pour en tirer son plein potentiel

Par : Jean Hamann
La répétition mentale d'un mouvement permet-elle vraiment de recouvrer plus facilement la capacité de l'exécuter dans le monde réel? Il semble bien que oui, répondent deux professeures du Département de réadaptation, Francine Malouin et Carol Richards, dans un article synthèse que publie la revue Physical Therapy. Il faudra toutefois des études cliniques mieux structurées, portant sur un nombre suffisant de sujets, pour asseoir les résultats encourageants obtenus jusqu'à présent sur des bases scientifiques plus solides et pour optimiser la posologie de cette approche.
   
La répétition imaginaire d'un mouvement induit des réponses qui présentent de nombreuses similitudes avec leur exécution réelle, rappellent les deux chercheuses membres du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS). Ainsi, il suffit de s'imaginer faire de la marche rapide ou courir pour produire une élévation des battements cardiaques et du rythme respiratoire. L'imagerie médicale révèle également un chevauchement significatif des zones du cerveau activées lors de la répétition mentale d'un mouvement et lors de son exécution réelle. Enfin, le temps requis pour effectuer mentalement une série de mouvements ou un parcours à la marche est étroitement corrélé au temps qu'exige sa véritable exécution.
   
Cette approche de réadaptation pourrait servir de thérapie complémentaire pour traiter des patients aux prises avec divers types de problèmes, révèle la revue de littérature effectuée par les deux chercheuses. «On pense aux personnes qui ont subi un accident vasculaire cérébral, un traumatisme crânien ou un accident qui a forcé l'immobilisation d'un membre, souligne Francine Malouin. L'imagerie motrice pourrait aussi atténuer les douleurs aux membres fantômes chez les gens qui ont subi une amputation et même améliorer l'enchaînement des mouvements chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson.»
   
Les images prises à l'aide d'appareils de tomographie par émission de positrons révèlent que le simple fait de penser à l'exécution de mouvements augmente la circulation sanguine dans certaines zones du cerveau et que ces zones sont pratiquement les mêmes que celles qui sont stimulées lors de l'exécution réelle des mouvements. «Ce sont surtout des circuits neuronaux qui interviennent dans la préparation des mouvements plutôt que lors de leur exécution», précise Francine Malouin.
   
Malgré les résultats encourageants obtenus jusqu'à maintenant, l'imagerie motrice tarde à faire sa niche en milieu clinique. Le flou entourant la façon optimale d'appliquer ce traitement (fréquence, intensité, seul ou sous la supervision directe d'un thérapeute, avec ou sans véritables mouvements intercalés) freine l'ardeur de ceux qui pourraient y avoir recours. «Je crois que les choses vont changer lorsque la recherche aura établi quels protocoles donnent les meilleurs résultats et que ces connaissances auront été transférées aux cliniciens par des ateliers ou des cours de formation continue. Il faudra probablement de cinq à dix ans avant d'y arriver», estime la professeure Malouin.

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