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Dur hiver à l'Île Sainte-Croix

La plus ancienne autopsie authentifiée à avoir été effectuée par un Européen dans le Nouveau-Monde a été l’œuvre d’un chirurgien-barbier qui accompagnait Samuel de Champlain en 1604-1605

Par : Yvon Larose
C’est maintenant confirmé: la plus ancienne autopsie authentifiée à avoir été effectuée par un Européen dans le Nouveau-Monde a été pratiquée durant l’hiver de 1604-1605 alors qu’une maladie inconnue faisait des ravages parmi les colons français nouvellement installés à l’Île Sainte-Croix. L’intervention du chirurgien-barbier sur le corps d’un colon décédé a consisté à scier l’os qui entoure la boîte crânienne, ensuite à retirer la calotte découpée afin d’exposer le cerveau. On voulait ainsi déterminer la cause de la maladie. La calotte crânienne fut remise en place avant l’inhumation du défunt. L’Île Sainte-Croix est située aujourd’hui en territoire américain entre le Nouveau-Brunswick et le Maine. En 1604, les explorateurs Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain ont fondé à cet endroit le premier établissement français en Amérique du Nord. On y trouvait 79 hommes.

Voilà l’essentiel d’un communiqué émis fin octobre par le National Park Service américain. Ce communiqué fait état des principaux résultats d’une analyse approfondie menée par une équipe d’anthropologues judiciaires sur un crâne découvert en 2003 sur l’emplacement du cimetière de la petite colonie. L’analyse a de surcroît révélé que le colon est bel et bien mort du scorbut, une déficience nutritive en vitamine C qui affaiblit les tissus et qui cause l’anémie.

Une découverte inattendue
L’anthropologue Robert Larocque, chargé de cours au Département d’histoire de l’Université Laval et spécialiste de l’étude de squelettes trouvés dans un contexte archéologique, faisait partie de l’équipe américano-canadienne qui a découvert le crâne. «Des ossements humains avaient été exhumés du cimetière de l’Île Sainte-Croix en 1969 par le National Park Service, rappelle-t-il. En 2003, lorsque est venu le temps de ré-inhumer les ossements, nous en avons profité pour exhumer d’autres ossements pour nous permettre de faire des examens plus approfondis dans le but de trouver d’éventuelles traces de scorbut. Parmi les crânes qui n’avaient pas été exhumés en 1969, nous avons fait cette découverte inattendue. Nous savions, par les mémoires de Champlain, que des corps avaient été autopsiés à l’île, mais on ne savait pas qu’on avait ouvert la calotte crânienne de l’un d’eux.»

Selon Robert Larocque, la procédure d’autopsie utilisée est sensiblement la même que celle encore employée de nos jours. «Cela indique que les connaissances et les techniques d’il y a 400 ans étaient relativement au point, explique-t-il. Le trait de scie sur le crâne est bien net, franc. Un seul trait fait le tour de la calotte comme s’il avait été fait par une personne expérimentée.»

L’examen d’autres ossements a donné lieu à une autre première, soit la découverte des plus anciennes chirurgies buccales à avoir été effectuées par un Européen dans le Nouveau-Monde. «Le chirurgien-barbier de la colonie a coupé les chairs pendantes des gencives enflées de plusieurs des hommes atteints de scorbut, précise Robert Larocque. Des traces de coupe sont visibles sur l’os des gencives étudiées», précise Robert Larocque.

À l’été 1605, le sieur de Mons décida d’abandonner l’Île Sainte-Croix et d’installer la colonie dans ce qui est aujourd’hui la Nouvelle-Écosse, à un endroit qu’il baptisa Port-Royal. Demain, le vendredi 10 novembre, la télévision américaine traitera de l’autopsie crânienne pratiquée à l’hiver 1604-1605 à l’Île Sainte-Croix lors de l’émission Skeleton Stories au canal spécialisé Discovery Health.

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