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Déséquilibre au micro

Selon une recherche du Centre d’études sur les médias, les stations radiophoniques CHOI 98,1 et CJMF 93,3 ont favorisé Régis Labeaume aux dépens de la candidate du RMQ Ann Bourget lors de la dernière course à la mairie de Québec

Par : Renée Larochelle
Agressivité marquée envers Ann Bourget, complaisance manifeste envers Régis Labeaume: voilà ce qui pourrait résumer la couverture médiatique de la dernière campagne électorale municipale à Québec en 2007 de la part des stations CHOI 98,1 et CJMF 93,3. En plus de ne pas respecter les règles fondamentales d’équité et d’impartialité, elles ont systématiquement affiché un parti pris défavorable à l’égard d’Ann Bourget et de sa formation politique, le Renouveau municipal de Québec (RMQ). Le candidat indépendant Régis Labeaume, lui, s’est vu accorder un traitement de faveur dès le début de la campagne. Il a aussi profité d’un temps d’antenne largement supérieur à celui d’Ann Bourget, particulièrement au 93,3.

C’est à cette conclusion qu’en sont venus Colette Brin, Thierry Giasson et Dominique Payette, professeurs au Département d’information et de communication, après avoir analysé les interviews, tables rondes et débats diffusés au cours des émissions Le Show du matin, Dupont le midi, Le Retour de Radio X et Bouchard en parle, du 10 novembre au 2 décembre 2007. Leur recherche s’inscrit dans une étude plus large ayant pour titre «Radio parlée, élections et démocratie», dirigée par Florian Sauvageau et Daniel Giroux du Centre d’études sur les médias. «Nos analyses montrent clairement que ces deux stations de Québec n’ont pas respecté les consignes du CRTC ni les normes qu’on trouve dans le Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs», assure Colette Brin en entrevue téléphonique.

Ces gens-là
Des exemples? À CHOI, le cas d’Ann Bourget est réglé en deux temps trois mouvements. Des animateurs insistent sur le fait qu’elle ne possède pas de voiture («elle n’a même pas été capable d’emprunter pour s’acheter un char») et qu’elle se déplace en «bicycle à pédales». Ajouté au fait qu’elle n’a pas d’enfant, on se demande bien comment elle pourrait être en mesure de comprendre les préoccupations des gens ordinaires. Les questions adressées à la candidate du RMQ sont dans l’ensemble fermées et il lui est difficile de répondre autrement que par un oui ou par non. Pas mieux à l’antenne de 93,3 où on présente Ann Bourget comme l’héritière des années de gaspillage de «l’ancienne gang à L’Allier» et où on l’accuse de se défiler en raison de son refus de participer à un débat avec Régis Labeaume («elle fait la morte chez elle», «elle manque de confiance», «c’est incroyable de se désister»). Pour couper court à la question, une simulation de débat est organisée au cours duquel des extraits sonores d’archives hors contexte sont diffusés en réponse à des questions, pendant que les animateurs s’esclaffent et se tapent sur les cuisses.

Régis Labeaume a droit à un tout autre traitement de la part des animateurs de CHOI. Le cadre est convivial et «Régis», comme l’appelle familièrement un animateur, a tout le loisir d’expliquer son programme en long et en large lors de questions ouvertes. Des entrevues ont également lieu avec des personnes qui appuient sa candidature comme l’ancien maire Gilles Lamontagne et le journaliste François Bourque du quotidien Le Soleil. Certaines entrevues relèvent de la pure fiction, l’animateur s’adressant au candidat maire comme s’il venait d’être élu («vous avez un mandat populaire…») tandis que d’autres atteignent des sommets de complaisance («Je vous laisse quelques minutes pour parler à ces gens-là»), sous-entendu les indécis. Même traitement royal au 93,3 où on invite systématiquement Régis Labeaume à préciser certains aspects de son programme et à développer ses opinions.

«On ne peut pas démontrer si ces émissions ont eu une véritable influence sur le vote, mais on peut cependant présumer qu’elles ont eu une influence potentielle, dit Colette Brin. La même couverture médiatique ne pourrait pas avoir eu lieu aux élections municipales du 1er novembre, parce qu’il ne peut pas avoir de confrontation lorsqu’il n’y a pas d’opposition.»

 

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