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Des marqueurs pour dépister les bons ovules

Mise au point d'une méthode pour sélectionner les ovules qui ont le plus de chances de conduire à une grossesse réussie après fécondation in vitro

Par : Jean Hamann
La génomique pourrait atténuer les problèmes éthiques et médicaux causés par le transfert multiple d'embryons, estime Marc-André Sirard, du Centre de recherche en biologie de la reproduction, qu'on voit ici avec l'étudiante-chercheuse Mélanie Hamel.
La génomique pourrait atténuer les problèmes éthiques et médicaux causés par le transfert multiple d'embryons, estime Marc-André Sirard, du Centre de recherche en biologie de la reproduction, qu'on voit ici avec l'étudiante-chercheuse Mélanie Hamel.
Des chercheurs ont identifié des marqueurs génétiques grâce auxquels il serait possible de sélectionner les ovules qui ont le plus de chances de conduire à une grossesse réussie après une fécondation in vitro. Cette méthode permettrait, d’une part, d’augmenter le taux de succès lorsqu’un seul embryon est transféré et, d’autre part, de réduire le risque de grossesses multiples, puisqu’il ne serait plus nécessaire de transférer plusieurs embryons pour espérer obtenir une grossesse. Les chercheurs du Centre de biologie de la reproduction (CRBR) qui ont mis au point ce procédé, le décrivent en détail dans un article paru en ligne le 28 février dans le site de la revue Human Reproduction, publiée par l’European Society of Human Reproduction and Embryology. Cette innovation vient de faire l’objet d’un dépôt de brevet mondial.
   
Les ovules prélevés lors d’une intervention de reproduction assistée sont entourés de cellules folliculaires (ou nourricières) dont on les débarrasse avant de procéder à la fécondation in vitro. «Pendant qu’ils sont dans l’ovaire, ces cellules et l’ovule ont des échanges très étroits, souligne le professeur Marc-André Sirard. Une expérience menée dans notre laboratoire sur des cellules bovines nous indiquait qu’il y avait peut-être des marqueurs dans les cellules nourricières qui pouvaient nous renseigner sur la qualité de l’ovule.» Grâce à la collaboration de 40 femmes recrutées dans une clinique de fertilité, les chercheurs ont comparé des cellules nourricières entourant des ovules qui ont ultérieurement conduit à une grossesse à terme (de bons ovules) et celles associées à des échecs de reproduction. Cette opération leur a permis d’identifier cinq gènes, liés au mûrissement des ovules, qui étaient davantage exprimés dans les cellules nourricières qui entouraient les bons ovules.

Moins de naissances multiples?
Présentement, le choix des embryons transférés chez la mère repose sur leur apparence et sur leur dynamique de division cellulaire. «Au moins 30 % des embryons qui semblent normaux à l’examen morphologique ont des anomalies chromosomiques», souligne toutefois Marc-André Sirard pour illustrer les limites de cette approche. La méthode développée par les chercheurs du CRBR offre la possibilité de choisir, selon des critères objectifs, les ovules qui ont les meilleures chances de succès, sans altérer l’intégrité biologique de l’embryon.     «Cet outil génomique pourrait aussi atténuer un problème éthique auquel sont confrontés les médecins qui travaillent dans les cliniques de fertilité et les parents qui les consultent», fait valoir le professeur Sirard. En effet, pour augmenter les chances de grossesse, plusieurs embryons sont implantés simultanément chez la mère dans l’espoir qu’au moins un d’entre eux survivra. Cette façon de faire et l’amélioration des connaissances en fécondation in vitro ont favorisé la prolifération des grossesses multiples. Même si les médecins tendent à transférer moins d’embryons depuis dix ans, les naissances multiples sont encore le lot d’environ 30 % des couples qui ont recours à la fécondation in vitro en Amérique du Nord et de 23 % des couples européens. Les enfants issus de ces grossesses courent plus de risques de souffrir de problèmes de santé ou de problèmes psychologiques. «En sélectionnant de bons ovules, on pourrait limiter le nombre d’embryons transférés et éviter les grossesses multiples tout en maintenant un bon taux de succès», résume Marc-André Sirard.
   
L’article paru dans Human Reproduction est signé par Mélanie Hamel, Isabelle Dufort, Claude Robert, Catherine Gravel et Marc-André Sirard, du CRBR, et leurs collègues Marie-Claude Léveillée et Arthur Leader, du Ottawa Fertility Centre.

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