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De la volaille saine pour la consommation humaine

Deux projets de recherche visant à contrer la surutilisation des antibiotiques en production avicole reçoivent 4,6M$

La surutilisation d'antibiotiques en production animale et la prolifération de bactéries multirésistantes qu'entraîne cette pratique constituent un problème de santé publique majeur à l'échelle mondiale. Deux professeurs de l'Université Laval, Sylvain Moineau et Ismaïl Fliss, ont reçu le lundi 10 juin deux subventions totalisant 4,6M$ pour des projets visant à trouver des alternatives à l'utilisation des antibiotiques dans l'industrie avicole du Kenya et de la Tunisie.

Ce financement a été obtenu grâce au programme Innovative Veterinary Solutions for Antimicrobial Resistance, une initiative conjointe du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada et du Département de la santé et des services sociaux du Royaume-Uni. Les projets des professeurs Moineau et Fliss sont parmi les 11 projets internationaux sélectionnés dans le cadre de ce programme.

Des virus tueurs de bactéries


Sylvain Moineau, professeur à la Faculté des sciences et de génie et chercheur au Groupe de recherche en écologie buccale (GREB), a reçu 2,9M$ pour étudier l'efficacité des bactériophages en tant qu'alternative aux antibiotiques dans la lutte contre les salmonelles dans les élevages de volaille du Kenya.

«Les bactériophages, ou plus simplement “phages”, sont des virus qui s'attaquent aux bactéries, explique le professeur Moineau. Leur champ d'action est beaucoup plus spécifique que celui des antibiotiques puisqu'ils ne détruisent que les bactéries ciblées. Les phages ont également l'avantage d'évoluer au même rythme que la bactérie qu'ils ont pour cible, ce qui réduit le risque d'apparition de résistances à long terme.»

Au cours du projet qui s'étendra sur une période de trois ans, Sylvain Moineau et ses collaborateurs de l'Institut international de recherche sur l'élevage, au Kenya, testeront l'efficacité de phages provenant de la collection de virus bactériens de l'Université Laval – l'une des plus importantes au monde – et de phages recueillis dans des fermes kényanes. Après avoir identifié les phages les plus performants dans l'élimination de différentes souches de la bactérie Salmonella, les chercheurs mettront au point un système d'administration des phages efficace et adapté aux besoins de l'industrie avicole kényane.

Les salmonelles sont une des principales causes d'intoxication alimentaire dans le monde. En Afrique subsaharienne, les salmonelloses touchent chaque année 3,4 millions de personnes et causent 700 000 décès. Les antibiotiques sont abondamment utilisés dans les fermes avicoles pour traiter ou prévenir ces infections, mais 75% d'entre eux sont rejetés dans l'environnement et contribuent ainsi à l'émergence de résistances aux antimicrobiens.

Des bactéries pour combattre des bactéries


Ismaïl Fliss, professeur à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation et chercheur à l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF), a reçu 1,7M$ pour le projet ANTIBIOCIN, qui vise à identifier des cultures bactériennes dont les propriétés bioprotectrices pourraient servir d'alternatives aux antibiotiques dans l'industrie avicole en Tunisie.

«Certaines souches bactériennes sont capables de produire différents composés à activité antimicrobienne, dont des bactériocines, des substances qui leur permettent d'éliminer ou de freiner la croissance d'autres bactéries avec lesquelles elles sont en compétition», explique le professeur Fliss. Si on pouvait supplémenter l'alimentation animale avec un ingrédient à base de bactériocines qui ciblent des bactéries pathogènes, nous disposerions d'une alternative efficace et peu coûteuse pour améliorer la santé des animaux et promouvoir leur croissance tout en contribuant de façon significative à réduire l'usage des antibiotiques en production animale.»

Au cours des trois années que durera ce projet de recherche, Ismaïl Fliss et ses collaborateurs canadiens, tunisiens, français et espagnols identifieront diverses souches bactériennes productrices de bactériocines et sélectionneront celles susceptibles d'avoir le plus de succès contre des bactéries nocives telles E. coli, Salmonella et Campylobacter à l'origine de la très grande majorité des intoxications alimentaires. Les chercheurs auront aussi comme objectif la mise au point de procédés industriels écoresponsables qui permettront la production à grande échelle d'ingrédients alimentaires à base de souches bactériennes bioprotectrices et de bactériocines.

«Les connaissances et les produits générés dans le cadre de notre projet auront un impact direct majeur non seulement pour la Tunisie et le Canada, mais également pour d'autres pays, notamment d'Afrique, où l'usage abusif des antibiotiques en élevage est un grand problème de santé publique», conclut le professeur Fliss.

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