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L’ère des big boxes ou magasins-entrepôts transforme le paysage du commerce de détail à Québec 

Par : Renée Larochelle
Ils ont fait leur apparition il y a environ une dizaine d’années dans la région de Québec, aux abords des échangeurs autoroutiers, à Sainte-Foy, à Beauport, et dans certains secteurs industriels de la ville. Ce sont les big boxes ou magasins-entrepôts. Lentement mais sûrement, ils changent le paysage du commerce de détail. Seuls ou regroupés en mégacentres, ces magasins à très grande surface se multiplient à la vitesse grand V depuis le début des années 2000, s’implantant parfois devant les centres commerciaux à qui ils font directement concurrence. Faut-il s’inquiéter du phénomène? Nos bons vieux centres commerciaux sont-ils en train de se faire manger tout rond par ces géants de l’alimentation, de la rénovation, de la construction ou de la décoration que sont les Wal-Mart, Home Dépôt, Costco et Loblaws?

La réponse est non, répond Gjin Biba, chercheur au Centre de recherche en aménagement et développement (CRAD) et dont le postdoctorat porte sur la dynamique commerciale et les comportements dans les choix des consommateurs à Québec. «La baisse de clientèle qui pourrait éventuellement avoir touché des centres commerciaux comme Place Laurier, Place Sainte-Foy ou Place Fleur-de-Lys, en raison de l’expansion des magasins-entrepôts autour de Québec, n’est pas dramatique, estime Gjin Diba. En effet, la clientèle de ces centres est fidèle et bien établie. Même chose pour des commerces de voisinage comme les Halles de Sainte-Foy, par exemple. En revanche, plusieurs commerces ont souffert de la construction et du développement des magasins-entrepôts et des mégacentres - qu’on pense aux Galeries de Charlesbourg - tandis que d’autres ont carrément fermé, comme les Galeries Sainte-Anne, situées dans l’ancienne ville de Giffard.» Mais les magasins les plus menacés sont encore ceux qui ne bénéficient pas de la proximité d’une rue commerciale, de même que les petits centres commerciaux des quartiers résidentiels, croit le chercheur. Fait à noter, certains grands magasins quittent les centres commerciaux et deviennent des big boxes indépendantes et autonomes, ce qui pourrait diminuer le pouvoir d’attraction de certains grands centres commerciaux auprès de la population.

Perdre au change
«Que se passe-t-il quand les big boxes entourent la ville?»: c’était le thème de la conférence qu’a donnée Gjin Biba, lors du colloque étudiant annuel du CRAD qui a eu lieu le 23 février sur le campus. Clientèle type des magasins-entrepôts: un homme, ouvrier spécialisé, âgé de 35 à 64 ans. En second lieu viennent les ménages avec enfants. La situation géographique de ces magasins-entrepôts fait que le consommateur n’a d’autre choix que de prendre sa voiture pour s’y rendre. D’ailleurs, 97 % de ceux qui les fréquentent possèdent une voiture. En quelques minutes, le consommateur a ainsi accès à un vaste stationnement où garer sa voiture s’effectue en deux temps trois mouvements. Autre avantage: le vaste choix de produits offerts dans ces magasins où les prix sont très compétitifs. Une ombre au tableau: ceux qui ne possèdent pas de véhicule ne peuvent profiter des choix et des prix, ce qui constitue une forme d’exclusion sociale, selon Gjin Biba. À ce sujet, les employés non propriétaires de véhicules qui travaillent dans ces magasins y perdent également au change, les horaires de transport en commun n’étant pas toujours adaptés aux besoins des travailleurs.

Évidemment, toute cette agitation automobile gravitant autour des magasins-entrepôts a des effets négatifs sur l’environnement. Sans compter que d’immenses terrains sont sacrifiés pour faire place à ces temples de la consommation. Pour l’instant, souligne Gjin Biba, on peut se demander ce qu’il adviendra de ces big boxes dans 25 ans, avec le déclin démographique conjugué au vieillissement de la population.

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