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«À quelle heure on se couche?»

L’absence de règles et de points de repère marque la vie des enfants de parents alcooliques ou toxicomanes

Par : Renée Larochelle
Il est 4 h 30 de l’après-midi et Christine, 9 ans, ne recevra pas de collation en rentrant de l’école. Comme d’habitude, sa mère est couchée, le corps engourdi d’avoir trop consommé d’alcool. Comme d’habitude, Christine prépare seule le souper, happée par le grand silence qui remplit la maison. Tirée de la vie quotidienne d’un enfant dont la mère alcoolique «oublie» souvent de préparer les repas, la scène a quelque chose d’infiniment triste. «Ce sont des jeunes qui n’ont pas de points de repère et qui vivent beaucoup de colère et d’isolement, explique Jasmine Roux-Perreault, finissante à la maîtrise en service social. Ils ont vécu tellement de déceptions qu’ils éprouvent de la difficulté à faire confiance aux autres. Ils vivent des échecs scolaires aussi. Quand on sait que les enfants de parents dépendants des drogues sont six fois plus à risque que les autres de le devenir à leur tour, on doit tout mettre en œuvre afin de les aider.»

Aux fins de sa recherche portant sur les enfants ayant des parents aux prises avec des problèmes de toxicomanie, Jasmine Roux-Perreault a animé, avec la psychologue Claire Grenier, une série de 7 rencontres auxquelles ont participé 4 jeunes âgés de 8 à 11 ans dont l’un des parents était suivi au Centre de réadaptation Ubald-Villeneuve. Ces rencontres visaient à faire prendre conscience aux enfants des effets de la consommation sur eux et sur leur entourage et à les aider à reconnaître leurs émotions et celles de leurs proches. L’une des activités les plus appréciées par les enfants a été un jeu-questionnaire portant sur les drogues et l’alcool et les conséquences de leur abus sur la famille. «On a voulu démystifier le problème, explique Jasmine Roux-Perreault. Car le sujet demeure tabou chez ces enfants. Par exemple, au lieu d’exprimer clairement les choses et de dire que son père prenait de la drogue, un enfant disait plutôt que c’était le bordel à la maison. D’autres étaient plus directs et très agressifs. Une fille a affirmé au groupe avoir déjà voulu casser le nez de sa mère pour qu’elle arrête de prendre de la cocaïne.»

Une vie plus organisée
Pour évaluer les effets des rencontres, des entrevues ont été réalisées avec les parents et les enfants avant la première rencontre de groupe, ainsi qu’après la dernière rencontre et cinq semaines plus tard. «Les parents nous ont dit que la communication s’était améliorée à la maison et que ça allait mieux à l’école, affirme Jasmine Roux-Perreault. Les enfants, eux, exprimaient davantage leurs émotions». Pour eux, cependant, l’affaire n’était pas réglée pour autant. Car s’ils trouvaient difficile que leur père ou leur mère consomme des drogues ou de l’alcool, ils trouvaient également difficile de vivre l’abstinence des parents. Ayant vécu parfois des années sans trop de règles ou d’horaire établi, les enfants sont confrontés à une vie plus organisée, où ils doivent obéir à des règles et prendre des repas à heure fixe, pour ne citer que ces exemples. Pour les parents, il n’est pas évident non plus de reprendre leur rôle en main. «Certains, plus démunis et manquant eux-mêmes de points de repère, m’ont confié qu’ils n’avaient aucune idée de l’heure à laquelle devait se coucher leur enfant de 10 ans», commente Jasmine Roux-Perreault.  


   

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