Arts

En Cadillac avec Bernard Pivot

Alain Beaulieu, professeur au Département des littératures, déplore que le livre ne soit plus un lieu de débats

Par : Pascale Guéricolas
Aux écrivains médiatiques qui pérorent et résument leur opinion sur le monde en deux minutes dans des émissions télévisées à grande écoute, Alain Beaulieu préfère les écrivains qui écrivent. Pourtant, son septième roman, La Cadillac blanche de Bernard Pivot (Québec Amérique), donne la parole à des auteurs d’hier et d’aujourd’hui, réunis dans la salle d’un petit restaurant parisien. «C’est vrai, c’est un paradoxe, reconnaît l’auteur dans un sourire. En fait, je suis parti du projet d’écriture d’un des personnages de mon roman précédent qui avait une idée analogue.» Ce roman a valu au professeur du Département des littératures le Prix littéraire de la Ville de Québec, à l’occasion du dernier Salon international du livre de Québec.

Par la magie de la fiction, ce texte très ironique réunit une quarantaine d’écrivains, dont Jack Kirouac, Jean d’Ormesson, Amélie Nothomb, Yves Beauchemin, Alexandre Dumas, mais aussi Gaston Miron, Jacques Ferron, Jean-Paul Dubois, Bernard-Henri Lévy et même Réjean Ducharme, tous convoqués par le célèbre animateur littéraire Bernard Pivot pour échanger sur la survie de la littérature. Bien sûr, la discussion s’avère souvent chaotique dans cette salle peuplée de grands esprits, et les éternelles rivalités entre créateurs français et québécois ainsi que les doutes sur la place de l’écrivain d’aujourd’hui reprennent vite leurs droits. Au passage, Jean-Paul Sartre, un brin éméché, tente un rapprochement avec Anne Hébert, tandis que Gaston Miron amuse Michel Houellebecq avec ses envolées oratoires. Tous ces apartés mettent d’ailleurs la table pour la révélation que l’hôte de la rencontre leur réserve.

Finalement, c’est un hommage aux auteurs qu’il apprécie que propose Alain Beaulieu. Il précise d’ailleurs que beaucoup de ceux qu’il aime n’ont pas trouvé de place dans l’histoire. C’est aussi sans doute une façon pour cet amoureux de la littérature de parler de ses craintes face à l’évolution actuelle du paysage culturel. «Tout ce qui demande une réflexion approfondie et nécessite plus de deux minutes de réponse semble évacué du débat public, remarque-t-il. Au fond, le livre devient une marchandise et le nom sur la couverture bien plus importante que son contenu. La littérature n’est donc plus un lieu de débats.» Au passage, le professeur fait remarquer que même s’il se publie énormément de livres au Québec chaque année, peu de titres ou d’auteurs constituent des jalons importants. Difficile, à l’entendre, de nommer des écrivains qui marquent leur époque comme des Ferron et des Miron l’ont fait par le passé. «Beaucoup de gens veulent écrire aujourd’hui, mais très peu veulent lire, un peu comme s’il s’agissait uniquement de l’expression de soi et non d’une expression collective», indique le professeur.

Pour l’instant, Alain Beaulieu ne sait pas trop où son dernier roman va le mener, car son genre un brin fantastique constitue une parenthèse dans le reste de son œuvre pour adultes. Par contre, il s’inscrit dans la droite ligne de la série Jonas et Jade qu’il a démarrée pour les 9 ans et plus. Le deuxième tome, Sous le soleil de Port-au-Prince, vient d’ailleurs tout juste de sortir chez Québec Amérique jeunesse. L’auteur, venu un peu par hasard à la littérature jeunesse par un premier texte écrit en 2002, a peaufiné son approche des jeunes depuis qu’il les rencontre au hasard des visites scolaires. Il a alors réalisé que le fantastique constituait un bon moyen pour les joindre, mais également que les horizons des jeunes lecteurs avaient besoin d’être élargis sur les événements du vaste monde. Voilà pourquoi sa dernière création parle de la situation difficile en Haïti, des enlèvements, du chaos qui règne dans sa capitale, tandis qu’Aux portes de l’Orientie transportait les deux héros dans une ville arabe bombardée. Une façon peut-être pour l’écrivain d’éveiller chez ces futurs adultes une conscience sociale collective plus forte que celle des adultes d’aujourd’hui.

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