
Parmi les changements réalisés dans les tunnels de l'Université Laval, une large bande rouge a été peinte au mur et au sol autour de chaque téléphone d'urgence pour rendre plus visible la présence de l'appareil.
— Yan Doublet - Université Laval
Avez-vous remarqué le petit vent de changement qui souffle dans les tunnels? Eh oui, une cure de jouvence est en cours: vieux graffitis effacés, peinture fraîche, marques claires pour bien montrer l'emplacement des téléphones d'urgence, éclairage plus efficient, etc.
Cette série de mesures vise notamment à augmenter le sentiment de sécurité dans le vaste réseau de couloirs souterrains, qui se déploie sur plus de 3,7 kilomètres. «Les tunnels ne sont pas une voie de circulation secondaire. Il faut se rappeler que l'Université est surtout fréquentée durant les mois les plus froids. Près de 80% de l'achalandage sur le campus est enregistré de septembre à avril. Les tunnels sont donc des axes principaux, utilisés quotidiennement. Il faut les traiter comme des lieux de premier ordre», indique Louis Frenette-Nolin, directeur adjoint au Service des immeubles, qui souligne également un changement de perception dans la conception et l'aménagement de ces lieux.
En effet, quand le réseau a été construit, on percevait les tunnels uniquement comme des lieux fonctionnels pour faciliter les déplacements. Leur esthétique n'a pas été peaufinée et ils ont été entretenus selon cette logique strictement utilitaire. Au fil des ans, l'accumulation de graffitis qui donnait une fausse impression de non-entretien des couloirs souterrains, par exemple, a pu alimenter un malaise chez des usagères et usagers qui les empruntaient. Ainsi, même en l'absence de criminalité importante documentée, un sentiment d'insécurité a pu émerger, comme l'ont montré des sondages. «L'anxiété, le malaise et le sentiment de vulnérabilité, même s'ils ne sont pas liés à un risque concret, doivent être pris en compte dans l'aménagement des lieux. Actuellement, nous travaillons à éliminer ces sentiments chez les usagers», soutient le directeur adjoint.
L'importance et la valeur accordées à l'ambiance des lieux, rappelle-t-il, sont d'ailleurs désormais inscrites dans le Plan directeur immobilier de l'Université Laval, publié en 2024. Le principe 7 de cette planification stratégique encourage à «accroître, au bénéfice de la qualité de l'expérience, l'importance accordée aux travaux relatifs à l'esthétisme et à l'ambiance des lieux, et ce, de manière continue.» Le réaménagement des passages souterrains s'inscrit donc, dans un premier temps, dans cet objectif d'amélioration globale de l'expérience de vie sur le campus.
Agir contre les violences à caractère sexuel
Dans un deuxième temps, ce sont des facteurs liés à la lutte contre les violences à caractère sexuel (VACS) qui ont donné un autre élan au projet. L'entrée en vigueur de la Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d'enseignement supérieur a imposé aux universités québécoises de revoir leurs politiques et leurs pratiques, incluant l'aménagement physique des campus. De plus, le ministère de l'Enseignement supérieur a octroyé des enveloppes budgétaires d'investissement destinées à soutenir des interventions concrètes en matière de sécurité, y compris des ajustements aux infrastructures.
À l'Université Laval, cela s'est traduit par l'élaboration d'un plan d'action VACS, conçu à partir des balises ministérielles et de données issues de recherches québécoises sur le phénomène. «Dans la réflexion sur le réaménagement du campus, le Service des immeubles a notamment collaboré avec le Bureau du respect de la personne et le Service de sécurité et de prévention (SSP). Par exemple, les architectes de l'équipe ont suivi en 2024 la formation Prévenir les comportements ou la criminalité par l'aménagement du milieu (PCAM), organisée par le SSP», précise Louis Frenette-Nolin.
Des changements concrets déjà réalisés...
Parmi les améliorations apportées au réseau de couloirs souterrains figure la modernisation progressive de l'éclairage dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment les tunnels reliant les pavillons Alphonse‑Desjardins, Adrien‑Pouliot, Ferdinand‑Vandry et Louis‑Jacques‑Casault. Les nouveaux dispositifs, plus écoénergétiques, sont dotés de détecteurs de mouvement et offrent une performance nettement supérieure: une moyenne de 150 lux, comparativement à 30 lux pour les anciens appareils. En l'absence de mouvement, l'intensité lumineuse est automatiquement réduite d'environ 50%, pour atteindre 80 lux, soit un niveau deux fois plus élevé que celui de l'éclairage existant.
De plus, pour rendre plus visible la présence d'un téléphone d'urgence, une large bande rouge a été peinte au mur et au sol autour de chaque appareil. Un affichage complémentaire sera également installé au cours de la prochaine année pour faciliter leur repérage.
Ajoutons que de vieilles fresques ont été effacées et qu'un scellant anti-graffiti a été appliqué sur certains murs pour améliorer l'aspect visuel des lieux.
Et d'autres améliorations à venir dans la prochaine année
La configuration de certains tunnels comporte des alcôves ou des recoins créés par des contraintes structurelles. Bien qu'utiles sur le plan technique, ces espaces peuvent être perçus comme problématiques sur le plan de la sécurité. «Afin de réduire les zones où quelqu'un pourrait se cacher, l'Université prévoit fermer progressivement ces alcôves à l'aide de grillages métalliques», assure Louis Frenette-Nolin.
Finalement, se perdre dans les tunnels est une expérience relativement courante, surtout pour les personnes moins familières avec le campus. Comme l'explique le directeur adjoint, il est documenté que l'incertitude quant à son orientation peut accentuer le stress et l'impression de vulnérabilité, mais qu'une simple indication qui confirme qu'on se dirige toujours dans la bonne direction est très apaisante. Pour améliorer le sentiment de sécurité, un important projet de signalisation est prévu pour 2026-2027.
«Aux principales intersections et à des endroits stratégiques dans les tunnels, précise-t-il, de nouveaux panneaux de grande dimension seront installés. Pour ce projet, nous avons fait appel à des consultants en signalétique et spécialistes en comportement humain pour s'assurer d'avoir des signaux clairs et des informations pertinentes à mesure qu'on avance. La nouvelle signalisation est inspirée des meilleures pratiques qu'on trouve dans d'autres réseaux complexes, comme les systèmes de métro.»
Cette dernière amélioration s'inscrit notamment dans la philosophie de créer un milieu de vie dynamique centré sur l'humain, à la base d'un «campus vibrant».

















