
Le 5 mai, la Journée de la robe rouge invite à honorer collectivement la mémoire des femmes autochtones disparues ou assassinées.
— Yan Doublet
Des robes rouges suspendues à un bout du Grand Axe, un drap blanc marqué de mains rouges, une minute de silence, un chant autochtone pour se rappeler toutes ces sœurs parties trop tôt… Le campus a souligné avec émotion et respect la Journée nationale de sensibilisation aux femmes et aux filles autochtones disparues et assassinées, aussi connue sous le nom de Journée de la robe rouge.
Organisé par le Bureau des Premiers Peuples en collaboration avec l'Association étudiante autochtone de l'Université Laval, l'événement a réuni au pavillon Palasis-Prince des personnes autochtones et allochtones dans une atmosphère de partage et d'écoute. Sans scène ni lutrin, le rassemblement misait sur la simplicité afin de créer un espace d'égalité, propice à la réflexion collective.

Des participantes et participants au rassemblement ont laissé leur empreinte sur un drap blanc, en signe de solidarité.
— Yan Doublet
Au cœur de la commémoration, plusieurs prises de parole ont permis de nommer la douleur, mais aussi la résilience. Marie-Noëlle Charlebois, chargée de communication au Bureau de Premiers Peuples, qui jouait le rôle de maître de cérémonie, a ouvert la réflexion en évoquant cette statistique troublante: les femmes autochtones représentent 26 % des victimes de féminicides, mais seulement 4% de la population canadienne. «Plusieurs d’entre nous portent du rouge aujourd’hui, en mémoire du sang des victimes et en signe de solidarité», a-t-elle indiqué.
Noémy Lefebvre, étudiante à la maîtrise en anthropologie, négociatrice pour l'Association étudiante autochtone de l'Université Laval et membre de la nation Kanien'kehá ka et de la communauté de Kahnawake, tenait à mentionner que le 5 mai n'est pas qu'une journée symbolique. Après avoir énuméré les noms de femmes autochtones assassinées au Canada en 2025, elle a rappelé que cette violence est toujours d'actualité, qu'on ne parle pas d'un passé lointain. Pour elle, chaque robe rouge dans le cimetière symbolique aménagé au bout du Grand Axe de l’Université Laval représente une vraie personne. «C'est une vie qui aurait dû continuer, une voix qu'on n'entend plus. Au Canada, les femmes autochtones sont largement surreprésentées parmi les victimes d'homicides et de disparitions. Ce n'est pas un accident, c'est structurel», a-t-elle déclaré, enjoignant aux personnes rassemblées d'agir. «Les robes rouges ne sont pas là pour être belles, elles sont là pour déranger. Et elles doivent continuer de déranger», a-t-elle ajouté.

Les robes rouges, installées à l'un des bouts du Grand Axe, symbolisent ces vies fauchées trop tôt et l’absence qui continue de marquer profondément les familles et les communautés.
— Yan Doublet
Cet appel à l'action a d'ailleurs été repris par Nadine Rousselot, directrice du Bureau des Premiers Peuples et Innue de Pessamit, qui a notamment rappelé que le soutien à cette lutte peut prendre différentes formes et qu'il passe aussi par des actes concrets à l'Université Laval, comme mieux accompagner les chercheuses et chercheurs autochtones, accepter de faire une place aux savoirs traditionnels aux côtés des savoirs scientifiques et sensibiliser le corps professoral aux réalités autochtones.

L’événement, organisé par le Bureau des Premiers Peuples et l’Association étudiante autochtone de l’Université Laval, a rassemblé des personnes autochtones et allochtones. Agenouillée à l'avant, Nadine Rousselot, directrice du Bureau des Premiers Peuples et Innue de Pessamit.
— Yan Doublet
Ce soutien aux communautés autochtones est d'ailleurs un engagement cher à l'Université, comme le révèle la présence à cet événement de la vice-rectrice aux études et aux affaires étudiantes, Cathia Bergeron. «Je tiens à exprimer ma profonde sympathie envers toutes les familles brisées par le deuil et toutes les communautés marquées à jamais. Bien sûr, une journée de commémoration ne suffit pas. La lutte contre la violence et l'injustice exige une mobilisation continue. Elle nous appelle à réfléchir à nos propres rôles, à nos privilèges et à notre capacité d'agir individuellement et collectivement pour bâtir des milieux plus sécuritaires, inclusifs et équitables», a-t-elle déclaré.

La vice-rectrice aux études et aux affaires étudiantes, Cathia Bergeron, était présente à l'événement qui s'est déroulé à l'atrium Pierre-H.-Lessard du pavillon Palasis-Prince.
— Yan Doublet




















