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Un traitement géochimique pourrait freiner les algues bleu-vert

La séquestration du phosphore, combinée à la réduction des apports externes de cet élément et au contrôle de l'érosion, permettrait de ralentir l'eutrophisation de certains lacs

Par : Jean Hamann
Depuis le traitement appliqué en 2017, le lac Bromont affiche des concentrations de phosphore 70% moins élevées, l'eau y est plus claire et la fréquence des éclosions d'algues bleu-vert est de 4 à 5 fois plus basse.
Depuis le traitement appliqué en 2017, le lac Bromont affiche des concentrations de phosphore 70% moins élevées, l'eau y est plus claire et la fréquence des éclosions d'algues bleu-vert est de 4 à 5 fois plus basse.

Un traitement géochimique visant à ralentir l'eutrophisation des lacs et les éclosions d'algues bleu-vert semble remplir ses promesses, du moins pour un lac de la Montérégie. En effet, depuis qu'il a fait l'objet de ce traitement il y a cinq ans, le lac Bromont affiche des concentrations de phosphore 70% moins élevées, l'eau y est plus claire et la fréquence des éclosions d'algues bleu-vert est de 4 à 5 fois plus basse.

«Pour certains types de lacs, ce traitement permettrait d'atténuer les problèmes causés par l'accumulation historique de phosphore dans les sédiments», observe Raoul-Marie Couture, professeur au Département de chimie de l'Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche Sentinelle Nord en géochimie des milieux aquatiques. «Toutefois, pour que l'efficacité du traitement se maintienne dans le temps, il est essentiel de continuer d'appliquer des mesures de réduction des apports externes en phosphore et des mesures de prévention de l'érosion des berges», insiste-t-il.

Le lac Bromont est un petit plan d'eau de 0,48 km2 qui, en raison des activités humaines dans son bassin versant, montrait des signes d'eutrophisation rapide. Des éclosions (fleurs d'eau) d'algues bleu-vert y étaient observées une centaine de jours par année entre mai et octobre. Des recherches avaient montré que les sédiments du lac étaient la principale source de phosphore du lac pendant l'été.

C'est ce qui a conduit la municipalité de Bromont et le ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques à recourir, à l'automne 2017, à un traitement visant à séquestrer le phosphore lacustre afin de le rendre inaccessible aux microorganismes. Environ 174 tonnes de Phoslock ont été appliquées dans ce lac, une opération qui a coûté 650 000$.

Depuis, l'équipe du professeur Couture et celle de la professeure Dolors Planas, de l'Université du Québec à Montréal, étudient comment le lac Bromont réagit à ce traitement. Créé en Australie à la fin des années 1990, le Phoslock contient du lanthane, qui se lie au phosphore présent dans la colonne d'eau et dans la couche supérieure des sédiments. Le composé inerte qui en résulte réduit d'autant la quantité de phosphore disponible pour les microorganismes comme les algues bleu-vert.

Le suivi effectué depuis 2017 par le groupe Action conservation du bassin versant du lac Bromont pointe vers une nette embellie de la qualité de l'eau du lac. Une étude publiée récemment par l'équipe du professeur Couture dans Environmental Science: Processes & Impacts, apporte toutefois quelques bémols.

Cette étude, dont le premier auteur est le doctorant Wessam Neweshy, montre que le traitement a effectivement conduit à la séquestration d'une partie du phosphore dans les sédiments. Toutefois, entre 20% et 43% du phosphore présent dans les sédiments est susceptible d'être mis en circulation par l'activité microbienne. «Une partie du lanthane s'est liée à d'autres éléments, notamment au fer et au carbone de la matière organique dissoute. Ce lanthane n'est plus en mesure de se lier au phosphore», explique le professeur Couture.


« Le traitement au Phoslock semble donner un bon coup de pouce aux lacs qui ont un lourd héritage en phosphore, mais sans mesures de conservation, son efficacité pourrait rapidement s'estomper. »
Raoul-Marie Couture

En théorie, le traitement au Phoslock devait être efficace pendant plusieurs décennies. «Si l'apport en sédiments augmente, le lanthane se retrouvera plus rapidement enfoui et il ne sera pas en mesure de se lier au phosphore, prévient le chercheur. Il faudra recommencer le traitement, ce qui représente tout de même des coûts importants.»

Est-ce que ce traitement pourrait venir au secours des autres lacs du Québec aux prises avec des algues bleu-vert? «Le traitement au Phoslock semble donner un bon coup de pouce aux lacs qui ont un lourd héritage en phosphore, mais sans mesures de conservation, son efficacité pourrait rapidement s'estomper. La géochimie de chaque lac doit être prise en considération dans les analyses. Les travaux que nous menons permettront d'établir le dosage adéquat du traitement pour un lac donné, son coût et son efficacité dans le temps, ce qui pourrait aider à la prise de décision.»

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