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Votre profil génique déterminant dans le succès d'une intervention nutritionnelle

Une équipe de recherche en fait la démonstration avec une intervention faisant appel à la framboise

Par : Jean Hamann
Des études antérieures ont montré que la framboise, un petit fruit riche en polyphénols, produit des effets bénéfiques sur la santé de la majorité des gens. Toutefois, une partie de la population ne semble pas en mesure de profiter de ces bienfaits.
Des études antérieures ont montré que la framboise, un petit fruit riche en polyphénols, produit des effets bénéfiques sur la santé de la majorité des gens. Toutefois, une partie de la population ne semble pas en mesure de profiter de ces bienfaits.

Les framboises pourraient être très bénéfiques pour votre santé métabolique. Ou elles pourraient avoir un effet négligeable. Avant de vous lancer dans une intervention nutritionnelle reposant sur une consommation accrue de framboises, ou dans n'importe quelle autre intervention du genre, il serait intéressant de savoir ce que, personnellement, vous pouvez en espérer. Une équipe de l'Université Laval qui s'est penchée sur la question rapporte, dans le Journal of Nutritional Biochemistry, avoir découvert une façon de répondre à cette question.

«Peu importe l'intervention nutritionnelle, il y a toujours une variabilité individuelle qui fait qu'entre 20% et 30% des sujets ne répondent pas dans le sens attendu, commente la responsable de l'étude, Marie-Claude Vohl, professeure à l'École de nutrition. Les différences génétiques expliquent une bonne partie de cette variabilité.»

Pour approfondir la question, les chercheurs ont recruté 24 sujets, de 18 à 60 ans, qui présentaient certaines caractéristiques – surpoids, obésité abdominale et taux légèrement élevé d'insuline et de triglycérides – associées au syndrome métabolique, une condition qui peut conduire au diabète et aux maladies cardiovasculaires. Les participants devaient consommer quotidiennement 280 grammes de framboises pendant 8 semaines. Des études antérieures ont rapporté que ces petits fruits, riches en polyphénols, produisent des effets bénéfiques sur la santé métabolique.


« À partir du profil des ARN sanguins, il est possible d'identifier les sujets qui allaient profiter de l'intervention avant qu'elle commence. »
Marie-Claude Vohl

Des échantillons de sang prélevés sur les 24 participants au début et à la fin de l'intervention ont permis de documenter les changements dans certains paramètres liés à la santé métabolique. De plus, les chercheurs ont dressé le profil de tous les ARN présents dans le sang des sujets. «Cette analyse permet de voir si l'intervention a modifié l'expression de certains gènes, et si oui, lesquels», explique la professeure Vohl.

Cet exercice a permis d'identifier 13 sujets chez qui le profil des ARN sanguins avait considérablement changé, et 11 sujets chez qui il était demeuré stable. Chez les sujets du premier groupe, l'intervention a conduit à une réduction des niveaux de triglycérides, de cholestérol et de la protéine C-réactive, un marqueur d'inflammation. Dans le second groupe, aucune amélioration n'a été observée pour ces paramètres. 

«À partir du profil des ARN sanguins, il est possible d'identifier les sujets qui allaient profiter de l'intervention avant qu'elle commence, souligne la professeure Vohl. Il est aussi possible d'identifier ceux chez qui elle n'allait produire aucun bénéfice.»

Cette approche ne se limite pas aux interventions nutritionnelles faisant appel à la framboise. «Nous avons réalisé d'autres études similaires avec la mangue et le bleuet et, là encore, nous pouvons départager les sujets qui répondront favorablement, ceux qui répondront moins bien et ceux qui ne répondront pas», précise la chercheuse.

Notre machinerie génique est déterminante dans le succès d'une intervention nutritionnelle, poursuit-elle. «Idéalement, il faudrait prescrire des interventions qui tiennent compte du profil d'expression génique. Le coût du séquençage des ARN sanguins d'une personne coûte quelques centaines de dollars, mais les bénéfices peuvent être importants parce que les chances de succès sont plus grandes.»


« Il y a eu des progrès énormes du côté des connaissances en nutrigénomique, mais le système de santé ne parvient pas à intégrer ces avancées dans la pratique. »
Marie-Claude Vohl

«Il y a eu des progrès énormes du côté des connaissances en nutrigénomique, mais le système de santé ne parvient pas à intégrer ces avancées dans la pratique, constate la chercheuse. Le risque que j'entrevois est que ces technologies ne seront accessibles qu'aux personnes qui ont les moyens de payer, ce qui pose un problème éthique pour la société.»

Les signataires de l'étude parue dans le Journal of Nutritional Biochemistry sont Maximilien Franck, Juan de Toro-Martín, Thibault Varin, Véronique Garneau, Geneviève Pilon, Denis Roy, Patrick Couture, Charles Couillard, André Marette et Marie-Claude Vohl. Ils sont rattachés à l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels, au Centre Nutrition, santé et société, à l'École de nutrition, au Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec et au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval.

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