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Des archéologues sur l’île de Qikirtajuaq

Dans le nord-ouest du Nunavik, une équipe de recherche franco-québécoise a étudié les vestiges de très anciennes habitations semi-souterraines hivernales

Par : Yvon Larose
Qikirtajuaq est le nom d’une île située sur la côte nord-est de la baie d’Hudson, à proximité du village inuit d’Akulivik. On y trouve, dans une vallée protégée des vents et sur un sol sableux bien drainé, des vestiges d’habitations semi-souterraines occupées l’hiver et datant de l’époque dorsétienne puis de l’époque thuléenne.
Qikirtajuaq est le nom d’une île située sur la côte nord-est de la baie d’Hudson, à proximité du village inuit d’Akulivik. On y trouve, dans une vallée protégée des vents et sur un sol sableux bien drainé, des vestiges d’habitations semi-souterraines occupées l’hiver et datant de l’époque dorsétienne puis de l’époque thuléenne.

Qikirtajuaq est le nom d’une île située sur la côte nord-est de la baie d’Hudson, à proximité du village inuit d’Akulivik. Riche en sites archéologiques, l’île a fait l’objet de trois campagnes de fouilles menées par une équipe franco-québécoise entre 2011 et 2013. Cette équipe interdisciplinaire d’archéologues et de géoarchéologues était composée de chercheurs du Centre d’études nordiques de l’Université Laval, de chercheurs des universités françaises de Rennes et de Rouen, et de chercheurs de l’Institut culturel Avataq, avec la collaboration de la communauté d’Akulivik.

«Nous nous sommes concentrés sur le site de Kangiakallak-1, un des principaux sites de l’île, explique la professeure paléo-environnementaliste et géoarchéologue du Département de géographie de l’Université Laval, Najat Bhiry. On y trouve, dans une vallée protégée des vents et sur un sol sableux bien drainé, des vestiges d’habitations semi-souterraines occupées l’hiver et datant de l’époque dorsétienne puis de l’époque thuléenne, les Thuléens étant les ancêtres directs des Inuits.»

Les résultats de ces campagnes de fouilles font l’objet d’un article scientifique récent publié dans Boreas, une revue savante de l’éditeur John Wiley & Sons. Cet article met en lumière les diverses approches méthodologiques utilisées par les chercheurs. Ces approches comprennent les fouilles archéologiques à proprement parler ainsi que des relevés géomorphologiques, des analyses lithostratigraphiques, des analyses sédimentologiques et micromorphologiques, des analyses paléoécologiques de pollens, de macrorestes végétaux et de palynomorphes non polliniques, et enfin, des relevés floristiques à l’intérieur et à l’extérieur des habitations.

«Le site de Kangiakallak-1 comprend plusieurs petites dépressions avec des bordures surélevées tout autour, indique la professeure Bhiry. Treize habitations dorsétiennes semi-souterraines rectangulaires et peu profondes ont été découvertes dans la section la plus élevée de la terrasse. Le site comprend aussi neuf habitations thuléennes. Nos travaux ont démontré qu’il y a eu sur cette île une présence d’abord dorsétienne. Les Dorsétiens ont occupé ce site entre 1047 et 1216 de notre ère. Les Thuléens ont réoccupé l’endroit entre 1272 et 1296.»

Selon elle, les fouilles archéologiques permettent de voir des différences entre les deux cultures, notamment en ce qui a trait aux objets du quotidien. «Les artefacts découverts montrent que les Dorsétiens utilisaient beaucoup la pierre, souligne-t-elle. Ils sculptaient, notamment les têtes de harpons.»

Les Thuléens sont arrivés sur le site dans un délai très court après le départ des Dorsétiens. «On voit des cas de chevauchements des habitations, soutient-elle. Notre hypothèse est que les deux peuples se connaissaient, mais qu’ils se côtoyaient très peu. Les Thuléens ont réoccupé un emplacement exceptionnel en nourriture, phoques, bélugas et autres. Quant aux Dorsétiens, on ne sait encore pas où ils sont allés. On ne retrouve pas de signes de leur présence ailleurs. Ont-ils disparu à cause du climat, de conflits, de maladies? Ou ont-ils été assimilés par la culture thuléenne?»

Fouiller le sol à Kangiakallak‐1

Sur le site Kangiakallak-1, plusieurs habitations dorsétiennes se trouvent à quelques mètres en retrait des habitations thuléennes. Comme ces dernières, les habitations dorsétiennes ont été creusées dans le sable, mais à une profondeur moindre, environ 50 à 60 centimètres. Autre différence, elles n’ont pas de tunnel.

Profondes d’environ un mètre, les habitations semi-souterraines thuléennes avaient l’aspect d’un dôme qui pouvait atteindre deux mètres de haut à l’intérieur. On accédait par un tunnel étroit que l’on franchissait à quatre pattes. Au bout se trouvait une trappe d’air froid surcreusée à même le plancher. À l’entrée, des lampes de stéatite éclairaient la pièce. Ces lampes servaient aussi à faire bouillir l’eau, cuire les aliments et sécher les vêtements. Le fond de la pièce, surélevé, servait d’espace à coucher. La charpente était faite de morceaux de bois récoltés sur les plages et d’os de baleine, et recouverte de blocs de tourbe et de peaux de phoque ou de caribou.

Depuis les premières fouilles réalisées en 1949 sur le site Kangiakallak-1, 1373 artéfacts de pierre et 143 artéfacts organiques ont été découverts. Durant la même période, 8112 restes d’animaux ont été trouvés ainsi que 341 fragments, principalement de charbon et de bois.

Un des faits saillants de l’article publié dans la revue Boreas porte sur la végétation à l’intérieur des habitations. Autant l’extérieur est un milieu sec et sans végétation affecté par beaucoup de vent et composé notamment de sable, autant l’intérieur est un milieu humide aménagé en dépression où pousse une diversité végétale. «Un refuge floristique exceptionnel», affirme Najat Bhiry. Selon elle, la présence d’eau consécutive au début de la fonte des neiges en mai, et le dépôt à l’intérieur des habitations de restes domestiques, notamment des fragments d’os d’animaux, de la peau animale, du gras brûlé et des fragments de charbon, ont fertilisé le sol, ce qui a mené à la croissance de plantes nitrophiles.

«Notre programme de recherches interdisciplinaire se poursuit, indique-t-elle. Nos collègues français apportent leur expertise complémentaire et la communauté locale sa contribution aux fouilles et aux échanges sur l’histoire de la région. L’Institut culturel Avataq est toujours présent. Nous allons continuer nos travaux sur le site Kangiakallak-1 comme un refuge floristique extraordinaire, avec l’accumulation de tourbe, un aspect très peu étudié. D’autant plus qu’on s’est aperçu que ces sites archéologiques situés en régions subarctiques subissent aussi l’effet de l’arbustation. Des arbustes croissent au sein des habitations tout en modifiant l’information archéologique et en “cachant”, du fait même, ce patrimoine culturel.»

Cartographie et dessins des artéfacts. L’équipe interdisciplinaire était composée de chercheurs du Centre d’études nordiques de l’Université Laval, de chercheurs des universités françaises de Rennes et de Rouen et de chercheurs de l’Institut culturel Avataq, avec la collaboration de la communauté d’Akulivik.
L’équipe de fouilles a découvert de nombreux artéfacts, notamment une poupée de bois (3), un couteau de pierre au manche de bois (4) et la tête d’un harpon dorsétien (7).

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