Société

À contre-courant

Gérard Bélanger critique vigoureusement certains consensus entourant l’économie québécoise et les politiques censées l’améliorer

Par : Yvon Larose
Le Québec gaspille une grande partie de la valeur de son énergie hydro-électrique. D’une part, en la vendant sur le territoire québécois à des prix inférieurs au coût de production marginal de l’électricité, ce qui favorise la surconsommation, et d’autre part, en ne maximisant pas ses exportations d’électricité, en particulier vers la Nouvelle-Angleterre, où le prix de vente moyen pour le secteur résidentiel est trois fois plus élevé qu’au Québec.

Ces idées à contre-courant sont tirées de L’économie du Québec, mythes et réalité, un essai de 362 pages publié aux Éditions Varia par Gérard Bélanger, professeur au Département d’économique. «Dans ce livre, dit-il, je joue un rôle de critique qui s’inscrit en faux contre certaines idées de nature économique qui font l’objet d’un large consensus au Québec.»

L’auteur explique, entre autres, que le modèle économique québécois, qui se caractérise par son interventionnisme, favorise les corporatismes, notamment le syndicalisme. «Cet interventionnisme, indique Gérard Bélanger, contrairement à ce que pense une bonne partie de la population, ne vise pas la recherche du bien commun, l’accroissement de la richesse collective, mais bien à subventionner les groupes d’intérêt bien organisés qui demandent l’aide de l’État. Ce modèle qui se traduit par des privilèges doit être brisé, car il est fort coûteux pour la société.» En 2004, le taux de syndicalisation au Québec était de 37,4 % contre 27,3 % pour l’Ontario. «Évoluant dans une société partiellement fermée par la langue, écrit l’auteur, les organisations syndicales ont au Québec un pouvoir de pression plus important qu’ailleurs.»

Dans son livre, Gérard Bélanger se penche notamment sur la vente de l’électricité à faible prix aux entreprises énergivores, notamment les alumineries, «une perte collective» pour le Québec, selon lui. Dans une étude publiée en 1989 avec son collègue Jean-Thomas Bernard, il avait estimé à quelque 300 millions les profits supplémentaires qu’Hydro-Québec réaliserait chaque année en exportant au nord-est américain l’électricité vendue aux nouvelles alumineries. «La vente de l’électricité à faible prix à ces entreprises représenterait une subvention implicite par emploi-année de plus de 190 000 $», ajoute-t-il.

Au fil des pages, Gérard Bélanger vante les mérites de la décentralisation. Selon lui, les politiques de développement régional sont héritées du temps où l’agriculture et l’exploitation des richesses naturelles créaient beaucoup d’emplois. De nos jours, ces politiques défavorisent la région métropolitaine de Montréal où vit près de la moitié de la population du Québec avec une économie plus tournée vers le savoir, donc vers l’avenir. «La carte électorale, qui accorde beaucoup de poids aux régions, constitue aujourd’hui une tragédie», affirme-t-il. L’auteur de L’économie du Québec, mythes et réalité vante également les mérites de la concurrence. En 2000, les subventions aux entreprises québécoises se sont élevées à 469 $ par habitant contre 32 $ en Ontario. Pour Gérard Bélanger, le gouvernement doit prendre un virage institutionnel et favoriser la création d’un environnement plus concurrentiel axé sur l’efficacité et le non-gaspillage. «Les interventions gouvernementales ciblées sont inappropriées et fort coûteuses, écrit-il. Elles contribuent en fin de compte à politiser et à fausser grandement les décisions économiques normales.»

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