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Vers un vaccin contre la maladie de Lou Gehrig?

Une équipe de la Faculté de médecine démontre que la sclérose latérale amyotrophique (SLA) survient plus tardivement et que la vie est prolongée chez des souris vaccinées

Par : Jean Hamann
Un pas vers un premier vaccin contre la sclérose latérale amyotrophique (SLA), plus communément appelée maladie de Lou Gehrig, vient d’être franchi par une équipe de la Faculté de médecine. Makoto Urushitani, Samer Abou Ezzi et Jean-Pierre Julien rapportent, dans la dernière édition Web des Proceedings of the National Academy of Sciences, qu’ils ont réussi à retarder les premières manifestations de cette maladie et à prolonger la vie de souris atteintes de SLA grâce à un vaccin.
   
La SLA est une maladie qui se caractérise par une dégénérescence des neurones qui contrôlent l'activité musculaire. Cette atteinte des neurones moteurs, dont les premières manifestations surviennent à l'âge adulte, entraîne un affaiblissement progressif des bras et des jambes, suivi d'une paralysie musculaire et, de deux à cinq années plus tard, par des problèmes respiratoires graves qui conduisent à la mort. Il n'existe présentement aucun traitement pour stopper cette maladie qui frappe de 5 à 7 personnes par  100 000 de population.

Une partie des cas familiaux de SLA est causée par des mutations dans le gène qui code pour la fabrication de la protéine superoxyde dismutase (SOD1). La protéine mutante a des effets toxiques qui contribueraient à la dégénérescence des neurones moteurs. Lors d’études antérieures, Jean-Pierre Julien et son équipe du Centre de recherche du CHUL/CHUQ ont démontré que la présence de SOD1 mutante à l’intérieur de la cellule n’était pas suffisante pour causer la maladie; c’est lorsque cette protéine est excrétée à l'extérieur des cellules qu’elle provoque l'inflammation et la mort de nerfs moteurs.

Cette découverte a lancé l'équipe du professeur Julien sur une nouvelle piste thérapeutique. «Nos résultats portaient à croire qu’il serait possible de prévenir la mort des neurones moteurs en débarrassant le cerveau de la protéine mutante SOD1 extracellulaire avant qu'elle s'accumule et qu’elle cause des dommages permanents», indique le chercheur. Pour tester cette idée, les chercheurs ont mis au point un vaccin contenant la protéine SOD1 mutante. L’inoculation de cette protéine en très faibles doses stimule la production d’anticorps capables de la détruire et prépare ainsi le système immunitaire à mieux répondre à un afflux de SOD1 lorsque la maladie se déclare.

Une approche thérapeutique prometteuse   
Les chercheurs ont testé ce vaccin sur une lignée de souris de laboratoire qui produit quatre fois la concentration normale de SOD1. Ils ont vacciné les souris à quatre reprises entre l’âge de deux à six mois. Contrairement au vaccin grippal qui conduit ultimement à la destruction du virus, le type de vaccin expérimenté par les chercheurs attaque les protéines mutantes, mais pas les cellules qui les produisent, de sorte qu’on ne peut espérer de guérison totale. Les premières manifestations de la maladie sont survenues à l’âge de 350 jours chez les souris du groupe témoin et à l’âge de 370 jours chez les souris vaccinées. Même scénario pour la durée de vie qui a atteint 393 jours chez les souris témoins et 423 jours chez les souris vaccinées, «un accroissement de la survie remarquable dans notre domaine de recherche», précise le professeur Julien.
   
Environ 20 % des cas familiaux de SLA, soit 5 % de tous les cas, sont causés par des mutations de la SOD1. «Les résultats encourageants que nous avons obtenus avec des souris qui expriment la forme familiale de la SLA nous portent à croire que la vaccination constitue une approche thérapeutique prometteuse. Cette même approche pourrait s’avérer intéressante pour traiter la forme plus courante de SLA, si on découvrait la protéine qui en est responsable», avance Jean-Pierre Julien. Le chercheur envisage maintenant le recours à une minipompe qui injecterait directement dans le sang des anticorps prêts à attaquer la SOD1 plutôt que d’attendre que le système immunitaire en produise. Il croit qu’en procédant de la sorte, plus d’anticorps parviendraient à franchir la barrière qui sépare les vaisseaux sanguins et le système nerveux, ce qui augmenterait l’efficacité du traitement tout en limitant les réactions non désirées du système immunitaire.

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