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Une réalité invisible

Les proches aidants vivent aussi de la maltraitance, révèle une étude dirigée par Sophie Éthier

On parle beaucoup de maltraitance envers les aînés, qu'elle soit psychologique ou physique. Par contre, la maltraitance envers les proches aidants reste un sujet rarement ou pas du tout abordé. Cette invisibilité ne signifie pas que la maltraitance à l'égard de ces aidants n'existe pas, bien au contraire. En témoignent les résultats préliminaires d'une étude actuellement en cours au Québec financée par le programme Québec ami des aînés (QADA) du ministère de la Famille. «La maltraitance envers les proches aidants provient de l'aidé, de l'entourage, du réseau de la santé et des services sociaux et autres institutions ainsi que du proche aidant lui-même», constate Sophie Éthier, professeure à l'École de travail social et de criminologie et chercheuse principale de cette étude. Elle en a présenté les résultats le 27 mars au Centre Montmartre à Québec, lors d'une conférence organisée par l'Association québécoise de gérontologie (AQG) région Québec/Chaudière-Appalaches.

Aux fins de cette recherche-action visant à mieux connaître la réalité des proches aidants, des entrevues ont été menées auprès de 15 proches aidants, en majorité des femmes, dont l'âge moyen était de 61 ans. L'équipe de chercheurs a également animé plusieurs groupes de discussion auprès de 43 intervenants provenant de plusieurs régions du Québec. L'exercice a été repris, cette fois avec 13 groupes réunissant 95 proches aidants. Soulignons que la très grande majorité des proches aidants s'occupaient d'aidés résidant à leur domicile et non en institution.

Premier constat: la maltraitance proviendrait en partie des aidés. «Les proches aidants ont affirmé que peu importe l'aide qu'ils apportaient à leur père, mère, ou encore à un parent proche, ils étaient souvent critiqués et dénigrés par eux. Ils recevaient aussi des insultes et les choses pouvaient aller jusqu'aux coups», révèle Sophie Éthier. En second lieu, la maltraitance serait le fait de l'entourage du proche aidant. Cette maltraitance se traduirait par de l'indifférence à leur égard ou par le manque d'écoute. Il arriverait aussi que l'entourage s'emploie à critiquer les tâches accomplies par le proche aidant («C'est pas correct ce que tu fais là»), ou à adresser des reproches («De quoi tu te plains, il a l'air bien»). Troisième provenance de maltraitance: les institutions. Les proches aidants déplorent en effet le manque de compassion et de reconnaissance de l'ampleur de leur rôle chez les personnes travaillant dans ces milieux. «On voudrait bien continuer à garder notre mère à la maison, mais cela prend de l'aide», disent les proches aidants, qui parfois sont eux-mêmes aux prises avec d'importants problèmes de santé, une situation qui met non seulement en danger l'aidant, mais aussi l'aidé, soutient Sophie Éthier. Dans cet esprit, et aussi surprenant que cela puisse paraître, la dernière source de maltraitance proviendrait des proches aidants eux-mêmes.

«À cause des nombreuses tâches qui l'accaparent, l'aidant ne prend pas toujours soin de lui, que ce soit au plan physique ou psychologique, souligne la chercheuse. Sans compter l'isolement social, les problèmes financiers et, dans certains cas, des carrières professionnelles interrompues. Le proche aidant s'épuise souvent à la tâche sans penser à son propre bien-être. Par exemple, il n'ira pas nécessairement voir le médecin lorsqu'il est malade. En fait, beaucoup d'entre eux ont tendance à minimiser la fatigue et l'épuisement ressentis.»

L'objectif de cette recherche est de concevoir un outil d'intervention visant à sensibiliser différents milieux à la maltraitance: les aidés, l'entourage, les intervenants et les aidants. Trois forums régionaux auront lieu à l'automne à Trois-Rivières, Laval et Lévis afin de discuter de cet outil avec les personnes concernées par la maltraitance chez les proches aidants. Une histoire à suivre.

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