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Rage occulte

Le programme de prévention de la rage humaine transmise par les chauves-souris vise-t-il les bonnes cibles?

La grande chauve-souris brune, l'un des vecteurs de la rage humaine au Québec
Dans sa forme actuelle, le programme québécois de prévention de la rage humaine transmise par les chauves-souris n’est pas optimal parce que les ressources ne sont pas consacrées prioritairement aux cas d’exposition présentant les risques d’infection les plus élevés. Voilà le verdict que pose une équipe de la Faculté de médecine qui a passé en revue les signalements d’exposition à des chauves-souris cumulés par les Directions régionales de santé publique de 2004 à 2006. Les détails de cette étude, menée par Caroline Huot, Gaston De Serres, Bernard Duval, Philippe Kone, Renée Maranda-Aubut, François Milord, Julie Picard et Louise Lambert, ont été livrés dans le cadre de la 9e Journée de la recherche de la Faculté de médecine, qui a eu lieu le 29 mai sur le campus.
 
La rage est une maladie virale qui peut frapper tous les mammifères et qui est transmissible aux humains principalement par contact avec la salive infectée. Au Québec, les principaux vecteurs de cette maladie sont les renards, les moufettes, les ratons laveurs et les chauves-souris. Ces dernières sont d’ailleurs responsables de la majorité des cas récents de rage humaine en Amérique du Nord. «Environ 5 % des chauves-souris capturées à la suite d’un signalement sont porteuses du virus de la rage, signale Caroline Huot. Dans les populations naturelles, on pense que ça se situe plutôt autour de 1 %.»
   
La rage est une maladie mortelle qui peut toutefois être prévenue si un vaccin est administré dans les premiers jours qui suivent l’infection. Depuis 40 ans, les cas de rage humaine survenus au Canada se comptent sur les doigts de la main. Toutefois, en 2000, le décès d’un jeune garçon mordu à son insu par une chauve-souris alors qu’il séjournait avec sa famille dans un chalet d’une réserve faunique a incité les autorités québécoises en santé publique à émettre des lignes directrices plus strictes concernant le protocole à suivre en cas d’exposition aux chauves-souris. Auparavant, il devait y avoir plausibilité de morsure pour qu’il y ait intervention médicale. Depuis 2002, le protocole d’intervention s’applique non seulement aux expositions reconnues (contact confirmé entre l’animal et une personne), mais aussi aux expositions occultes (la chauve-souris était dans une pièce attenante ou dans la même pièce qu’une personne endormie, un enfant ou une personne sous l’influence de l’alcool ou de la drogue). Les personnes qui vivent pareilles situations doivent le signaler à Info-Santé CLSC et l’animal suspect doit être capturé afin d’établir son statut infectieux ainsi que la pertinence de vacciner les personnes exposées.
   
Même si ces mesures sont relativement peu connues dans la population, 957 signalements d’exposition aux chauves-souris ont été faits de 2004 à 2006. Grâce à ces données, les chercheurs ont calculé que les expositions occultes étaient cinq fois plus fréquentes et nécessitaient trois fois plus de vaccinations que les expositions avec contact reconnu. «Beaucoup de ressources sont consacrées aux expositions occultes, même si ce sont celles qui posent le moins de risques», observe Caroline Huot.
   
À elle seule, la facture actuelle des produits immunisants contre la rage se chiffre à environ 1 million de dollars par année. Si tous les cas d’exposition étaient rapportés – et il y en aurait beaucoup plus – et si tous les coûts du programme étaient comptabilisés, la facture grimperait significativement. «Considérant que la rage liée aux expositions occultes est une maladie très rare en Amérique du Nord (1 cas sur 300 millions de personnes/année), il faudrait évaluer les lignes directrices actuelles en tenant compte des coûts du programme et du risque acceptable, estime Caroline Huot. Il serait peut-être plus efficace de limiter les interventions aux expositions les plus à risques et de mieux faire connaître le programme dans la population.»

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