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Quand les conifères étaient rois

Des carnets de notes anciens révèlent la vraie nature des forêts du Bas-Saint-Laurent

Par : Jean Hamann
L'abondance du thuya a connu un déclin prononcé au cours des 150 dernières années dans les forêts du Bas-Saint-Laurent. Ces deux spécimens ont été découverts dans un petit îlot de forêt vierge de cette région.
L'abondance du thuya a connu un déclin prononcé au cours des 150 dernières années dans les forêts du Bas-Saint-Laurent. Ces deux spécimens ont été découverts dans un petit îlot de forêt vierge de cette région.
Si on devait choisir une espèce porte-étendard pour galvaniser les efforts de conservation et de restauration des forêts ancestrales du Bas-Saint-Laurent, c’est le thuya qui devrait être couronné. C’est ce qu’a suggéré Dominique Arseneault, chercheur au Centre d’études nordiques (CEN), lors d’une conférence prononcée le 19 mars sur le campus devant les membres du CEN et du Centre d’étude de la forêt. Ce professeur de l’UQAR, également professeur associé au Département de géographie de l’Université Laval, arrive à cette conclusion à la lumière des résultats d’une étude dont l’objectif est de reconstituer le visage original des forêts de l’Est du Québec.

Le rapport Coulombe a placé l’aménagement écosystémique à l’avant-plan des principes de bonne gestion de la forêt, a rappelé le chercheur. En vertu de ce principe, les stratégies d’aménagement et les traitements sylvicoles doivent viser à recréer les forêts naturelles d’un territoire donné. «Pour y arriver, il faut trouver des écosystèmes forestiers de référence. Dans l’Est du Québec, comme il ne reste pas beaucoup de forêts vierges, il faut se tourner vers le passé pour déterminer la composition des forêts préindustrielles.»

C’est dans les documents d’archives laissés par les arpenteurs du XIXe siècle que le chercheur et son équipe ont trouvé les renseignements leur permettant de dresser le portrait des forêts ancestrales du Bas-Saint-Laurent. Au moment de tirer les lignes de rangs et de lots, les arpenteurs notaient, à tous les 280 mètres environ, les caractéristiques des peuplements forestiers qu’ils traversaient. Leurs carnets de notes renferment de l’information détaillée — accompagnée de coordonnées permettant d’en faire la cartographie —, mais comme il n’y avait pas de méthode uniforme pour présenter les données, les descriptions varient d’un arpenteur à l’autre. Les chercheurs ont donc dû travailler d’arrache-pied pour extraire les données pertinentes de cette masse d’information. La banque de données qu’ils ont constituée, qui couvre le territoire allant de La Pocatière à Matane entre 1840 et 1899, résulte du dépouillement de 40 000 pages de carnets de notes.

L’analyse de ces données révèle que la forêt ancestrale de la région était dominée par les conifères, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. «Depuis, il y a eu une diminution marquée du thuya, une diminution modérée du sapin et de l’épinette, et une augmentation significative de l’érable à sucre et des peupliers», observe le chercheur. Le réchauffement climatique peut-il être en cause? «Aucun changement climatique ne peut produire un tel impact en si peu de temps sur les forêts, assure le chercheur. À mes yeux, il ne fait aucun doute que les changements dans la composition des forêts du Bas-Saint-Laurent sont attribuables à l’homme.»

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