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L'union fait la force

Derrière un mariage arrangé se cache parfois un mariage forcé

Par : Renée Larochelle
Au Québec, on se marie généralement par amour, les conjoints choisissant librement leur partenaire de vie. Dans d’autres parties du monde cependant, les mariages arrangés sont la norme. C’est le cas de l’Inde, du Pakistan, de la Chine, du Moyen-Orient et de plusieurs pays d’Afrique, par exemple, où ce type de mariage vise à créer ou à renforcer des alliances économiques ou politiques entre deux familles. Le choix de la future épouse y est ainsi dicté non seulement par les parents mais aussi par la famille élargie. Ce type d’arrangement bouscule peut-être nos principes occidentaux basés sur le libre-choix mais la question des mariages arrangés doit être analysée dans le contexte des rapports de parenté des sociétés et des cultures où ils sont pratiqués, insiste Manon Boulianne, professeure au Département d’anthropologie. On peut toutefois s’inquiéter du fait que derrière un mariage arrangé se cache parfois un mariage forcé, qui résulte de pressions indument exercées sur l’un des conjoints – le plus souvent la femme - pour l’obliger à accepter une union à laquelle il ou elle ne consent pas.

Émotivité et amour filial
«La ligne de démarcation entre la coercition et le consentement est ténue et il est parfois difficile de distinguer un mariage forcé d’un mariage arrangé», a souligné Manon Boulianne, conférencière lors d’une table ronde organisée le 11 mars par la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur le thème: «Le mariage arrangé : faut-il s’en inquiéter?» L’anthropologue a notamment cité les résultats d’une recherche réalisée auprès de familles immigrantes résidant en Grande-Bretagne. «Au début de l’entrevue, les femmes impliqués disaient de leur mariage qu’il avait été arrangé mais pas forcé, rapporte Manon Boulianne. Au fur et à mesure de l’entrevue, elles affirmaient qu’il était très mal vu pour elles de refuser l’époux assigné, qu’un refus les coupait de leur communauté, etc. L’émotivité, l’amour filial et la moralité entrent beaucoup en jeu dans le mariage forcé. Les hommes peuvent aussi en être victimes mais il reste que là où socialement et culturellement parlant, les femmes sont considérées comme devant obéissance à leurs parents, à leurs époux ou à leur belle-famille, elles sont davantage vulnérables que les hommes soumis à l’autorité patriarcale, auxquels on les marie.»

En Europe, où l’immigration est très forte, les mariages forcés déguisés en mariages arrangés seraient nombreux, a révélé Madeline Lamboley, doctorante à l’École de criminologie de l’Université de Montréal et autre conférencière à cette rencontre. La pratique est jugée criminelle en Autriche, en Belgique, en Norvège et au Danemark mais aucune législation n’existe en France pour interdire le mariage forcé. Pas mieux au Québec et au Canada où les données sur cette pratique sont inexistantes. «Souvent, les mariages ont lieu à l’extérieur du Canada et les femmes arrivent au pays par parrainage, note Madeline Lamboley. Il s’agit d’un phénomène souterrain, dramatique et dont on ne soupçonne pas l’ampleur.»

L’un des cas de mariages forcés les plus célèbres au Québec est sans doute celui de l’union entre Séraphin Poudrier et Donalda Laloge, héros du roman de Claude-Henri Grignon, Un homme et son péché. Amoureuse du bel Alexis, Donalda finira par épouser Séraphin, afin d’empêcher la ruine de son père.

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