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L'oeil ouvert sur l'anesthésie

La chute de température corporelle induite par une anesthésie prolongée pourrait accentuer l’alzheimer

Par : Jean Hamann
Les médecins devraient faire montre de prudence lorsqu’ils soumettent des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à une anesthésie générale. En effet, une étude publiée dans l’édition en ligne du 11 mars de la revue scientifique FASEB Journal révèle qu’une anesthésie générale de quelques heures accentue les manifestations de la maladie d’Alzheimer chez des souris montrant des symptômes de cette maladie. «C’est la baisse de la température corporelle induite par l’anesthésie qui serait responsable de la détérioration de leur condition», commente Emmanuel Planel, professeur à la Faculté de médecine et auteur principal de cette étude à laquelle huit chercheurs américains ont collaboré.
   
Les chercheurs savaient qu’une anesthésie générale provoquait de la confusion chez les personnes âgées, tout particulièrement chez celles qui souffrent d’alzheimer. Pour en établir la cause, ils ont eu recours à une lignée de souris transgéniques qui manifeste l’un des symptômes observés chez les personnes souffrant de cette maladie. Ces souris produisent une forme modifiée de la protéine tau, ce qui altère la structure des microtubules des neurones, provoquant ainsi un enchevêtrement qui rend ces cellules non fonctionnelles. Une semaine après avoir soumis ces souris à une anesthésie de quatre heures, les chercheurs ont observé une augmentation de la production de protéines tau altérées. Plus les souris étaient à un stade avancé de la maladie, plus l’effet de l’anesthésie sur la production de ces protéines était grand.
   
C’est à la chute de 7 degrés Celsius de la température corporelle induite par l’anesthésie, plutôt qu’au produit anesthésiant comme tel, qu’il faut attribuer la hausse de la production des protéines altérées, souligne le professeur Planel. «Ces résultats suggèrent qu’une anesthésie prolongée pourrait accélérer le développement de la maladie chez les personnes atteintes d’alzheimer et également chez celles qui ignorent leur état parce que la maladie n’en est qu’à ses premiers stades. Aux États-Unis seulement, 40 millions de personnes subissent une anesthésie générale chaque année. Une partie de ces patients court un risque accru de développer l’alzheimer ou d’empirer leur condition si elles sont déjà frappées par cette maladie», estime le chercheur.
   
Emmanuel Planel espère que son étude incitera les médecins et les dentistes à prendre toutes les précautions possibles avant une anesthésie générale ou à envisager d’autres approches thérapeutiques pour limiter les impacts négatifs de l’anesthésie sur les patients atteints d’alzheimer. La tribune qu’il a choisie pour faire connaître ses résultats devrait contribuer à la diffusion de ce message. Selon l’Institute for Scientific Information, le FASEB Journal est la revue scientifique la plus citée au monde.

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