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Les choses prioritaires d'abord

Si les mâles en rut mangent moins, c'est que les journées n’ont que 24 heures et qu’il faut savoir choisir ses priorités

Par : Jean Hamann
Chez la chèvre de montagne, les mâles réduisent de 40 à 60 % le temps qu'ils consacrent à s'alimenter pendant le rut, même si leur condition physique peut en souffrir.
Chez la chèvre de montagne, les mâles réduisent de 40 à 60 % le temps qu'ils consacrent à s'alimenter pendant le rut, même si leur condition physique peut en souffrir.
Pourquoi les mâles en rut passent-ils moins de temps à manger? Des chercheurs qui se sont penchés sur cette croustillante question entourant la vie sexuelle des espèces polygames en rapportent une réponse pragmatique: même en période de rut, les journées n’ont que 24 heures et les mâles doivent en tirer le meilleur parti possible. Voilà, en gros, ce que révèle l’analyse des milliers d’heures d’observation de la chèvre de montagne et du mouflon d’Amérique à laquelle se sont livrés Julien Mainguy et Steeve Côté, du Centre d’études nordiques, et leur collègue de l’Université de Sherbrooke, Fanie Pelletier.
   
Le fait que les mâles polygames mangent moins ou cessent carrément de s’alimenter pendant la période du rut est un phénomène paradoxal, soulignent les trois chercheurs dans un article publié récemment dans Ethology. Chez des espèces comme l’orignal, le caribou, le bison, le wapiti, la chèvre de montagne et le mouflon d’Amérique, le rut a lieu à l’automne, alors que l’abondance et la qualité de la nourriture déclinent et qu’il est urgent de constituer des réserves pour se présenter en bonnes conditions aux portes de l’hiver. Les activités reproductrices, en plus de réduire le temps dont les mâles disposent pour s’alimenter, sont en elles-mêmes énergivores. Réduire sa prise alimentaire au moment même où les dépenses d’énergie occasionnées par les activités reproductives grimpent en flèche constitue une stratégie pour le moins périlleuse.
   
Les chercheurs ont testé les deux principales hypothèses avancées pour expliquer cette «hypophagie induite par le rut». La première, l’hypothèse de l’économie d’énergie, suggère que les mâles profitent du temps qu’ils ne consacrent pas au rut pour récupérer (un petit somme d’abord, le gueuleton après, s’il reste du temps). La seconde, l’hypothèse de la contrainte alimentaire, suppose que les mâles mangent moins parce qu’ils ont moins de temps à consacrer à la recherche de nourriture et au repos, tout occupés qu’ils sont à flirter avec les femelles et à éloigner les autres mâles. Cette dernière hypothèse prédit que le ratio entre le temps consacré à l’alimentation et le temps consacré au repos devrait être le même avant et pendant le rut, ce que confirment les données provenant des quelque 4 000 heures d’observation des mâles des deux espèces à l'étude.
   
Chez le mouflon d’Amérique et la chèvre de montagne, la saison de reproduction s’échelonne sur quatre semaines, dont deux semaines sont particulièrement intensives. «La période de fertilité de chaque femelle dure environ deux jours et les mâles peuvent s’accoupler avec huit à dix femelles pendant le rut», précise Steeve Côté, professeur au Département de biologie. Au cours de ces semaines très prenantes, les mâles réduisent de 40 à 60 % le temps qu’ils consacrent à l’alimentation.

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