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Le poids des mots

De la lecture à la correction, la révision linguistique exige réflexion et jugement

Par : Renée Larochelle
S’il est une profession où l’interrogation et le doute ont leur place, c’est bien celle de réviseur. Voilà en effet un travail où rien n’est jamais certain, où chaque texte à réviser s’apparente à un chemin qu’on découvre pas à pas, avec son lot de crevasses et de pièges. «Beaucoup de personnes pensent que la révision de textes consiste uniquement à corriger des fautes d’orthographe, alors qu’il s’agit d’une activité complexe et exigeante», explique Jocelyne Bisaillon, professeure au Département de langues, linguistique et traduction. «Si j’ai toujours été convaincue que la révision est une tâche difficile et sous-estimée par les employeurs, je le suis encore plus aujourd’hui», poursuit Jocelyne Bisaillon, qui a mené une recherche sur les stratégies de révision professionnelle utilisées par six participants et dont les résultats ont paru récemment dans la revue Written Communication.

Aux fins de son étude, Jocelyne Bisaillon a filmé six réviseurs en pleine activité durant deux heures, chacun ayant à revoir des documents différents qui allaient du plan d’aménagement en passant par un rapport ministériel, un article de magazine et un livre grand public, pour ne citer que ces exemples. À la fin de cette période, les participants, dont l’expérience variait entre un an et demi et vingt-trois ans, étaient interrogés sur leurs façons de résoudre les problèmes. «Ceux qui possédaient plusieurs années d’expérience tenaient davantage compte du destinataire, dit Jocelyne Bisaillon. Dans cet esprit, ils dépassaient le stade de la révision pure et simple et n’hésitaient pas à faire de la réécriture, dans un souci constant d’améliorer le texte et de rendre le message plus clair.»

Toujours douter
La lecture étant au cœur du processus de révision, rares sont les réviseurs qui se contentent de lire un texte une seule fois, rapporte Jocelyne Bisaillon. Presque toujours en effet, la révision s’effectue lors de trois ou quatre lectures et ces lectures ont des visées différentes. Il y a ainsi la lecture visant à comprendre la phrase ou le paragraphe à réviser, celle pour évaluer la qualité de la langue et la clarté du message, la lecture pour résoudre un problème et finalement, la lecture pour valider, étape où le réviseur s’assure qu’aucune faute n’a été oubliée.
   
Pour détecter les problèmes des textes, les réviseurs observés se sont servis le plus souvent de leurs connaissances certaines (84 %). À d’autres moments, les connaissances imparfaites d’une règle et même l’absence de connaissance ont servi à détecter des problèmes réels ou potentiels. Vient ensuite la résolution des problèmes détectés. «Si dans 57 % des cas - les plus expérimentés se situant aux environs de 80 % - les participants font les corrections qui s’imposent immédiatement, dans les autres cas, ils doivent utiliser certaines stratégies pour trouver la réponse à leurs questions», souligne Jocelyne Bisaillon. En réfléchissant plus longuement sur le problème qui se présente à eux et en faisant de la relecture, les réviseurs parviennent à trouver une solution dans respectivement 76 % et 69 % des cas. En comparaison, la recherche immédiate, comme chercher dans un ouvrage de référence ou consulter Internet pour obtenir rapidement une réponse, ne donne pas nécessairement un résultat instantané. En fait, cette stratégie n’apporte les résultats escomptés que dans seulement 52 % des cas.

«La révision ne sera jamais un processus automatique, indique Jocelyne Bisaillon», qui affirme que cette recherche lui a permis d’améliorer la qualité de son enseignement. «Je dis toujours à mes étudiants que, si les connaissances en français comptent, la révision fait également une large part à la réflexion et au jugement. C’est en doutant et en s’interrogeant qu’on arrive à être un bon réviseur. En tout temps, l’important est d’être capable de justifier ses choix.»
                       

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