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Le péril arc-en-ciel

Une espèce introduite vient jouer dans les plates-bandes des salmonidés indigènes

Par : Jean Hamann
Même si la truite arc-en-ciel est appréciée par certains pêcheurs, sa capacité de rivaliser avec le saumon et l'omble de fontaine fait peser une nouvelle menace sur les effectifs de ces salmonidés indigènes.
Même si la truite arc-en-ciel est appréciée par certains pêcheurs, sa capacité de rivaliser avec le saumon et l'omble de fontaine fait peser une nouvelle menace sur les effectifs de ces salmonidés indigènes.
Le saumon atlantique et l'omble de fontaine peuvent-ils freiner l'invasion de la truite arc-en-ciel, une espèce introduite en voie d'envahir les rivières de l'Est-du-Québec? «Il semble bien que non», estime l'étudiante-chercheuse Isabel Thibault, qui présentait le résultat de ses travaux sur le sujet à l'occasion du 13e Colloque annuel du Centre interuniversitaire de recherche sur le saumon atlantique, qui se déroulait la semaine dernière sur le campus.

Originaire de la côte ouest de l'Amérique du Nord, la truite arc-en-ciel est ensemencée dans le sud-ouest du Québec depuis 1893. Elle s'est graduellement déplacée vers l'aval et on la retrouve maintenant jusqu'à Anticosti. «Malgré un zonage piscicole restreignant son ensemencement dans les régions situées dans la portion amont du fleuve Saint-Laurent, le nombre de captures de truites arc-en-ciel adultes dans les rivières de l’Est-du-Québec a plus que doublé depuis les années 1970 et on observe désormais une reproduction naturelle dans au moins six de ces rivières», souligne Isabel Thibault.

La présence du saumon atlantique et de l’omble de fontaine n'empêche pas la truite arc-en-ciel de se reproduire dans ces rivières, révèlent les travaux qu'elle a menés au Département de biologie sous la supervision du professeur Julian Dodson. En effet, la truite arc-en-ciel est presque toujours retrouvée en compagnie de l'un ou l'autre des deux salmonidés indigènes. «Les niches d'habitat et d'alimentation des trois espèces se chevauchent fortement, ce qui suggère un fort risque de compétition», observe l'étudiante-chercheuse.

Chez la truite arc-en-ciel, l'éclosion des œufs survient plus tardivement que chez ses deux compétiteurs, mais le taux de croissance des juvéniles est significativement plus élevé lors de la première année de vie. «Ceci prouve qu'elle est en mesure de compétitionner efficacement pour la nourriture et les habitats optimaux», souligne Isabel Thibault. La truite arc-en-ciel parvient à déplacer les deux espèces indigènes dans les habitats où la couverture végétale est de moins bonne qualité et elle semble même accroître la compétition qui existe entre le saumon et l'omble de fontaine. Bien que l’invasion de la truite arc-en-ciel en soit encore à un stade précoce, cette espèce s’avère en mesure de rivaliser avec les salmonidés indigènes et de perturber leur utilisation de l'habitat.
  
Le succès de cette espèce introduite dans le fief du saumon et de l'omble de fontaine fait craindre une nouvelle baisse des effectifs de ces deux espèces qui tirent déjà de la nageoire. «La truite arc-en-ciel n'est pas la pire menace qui pèse sur ces salmonidés, mais elle ne vient pas arranger les choses», observe Isabel Thibault. Les résultats de sa thèse ont servi à la formulation de recommandations qui pourraient conduire à une révision des programmes d'ensemencement de truites arc-en-ciel dans les cours d'eau du Québec.

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