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Le penchant pour la bouteille dans les gènes?

Des chercheurs découvrent des variations génétiques liées à la consommation d'alcool

On savait que le risque de développer une dépendance à l'alcool relevait en partie de facteurs génétiques. Une étude qui vient de paraître dans Nature Human Behaviour vient ajouter un nouveau chapitre au dossier liant les gènes et l'alcool. En effet, une équipe internationale, dont fait partie le professeur Sébastien Thériault de la Faculté de médecine et du Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, a découvert une association entre certaines variations génétiques et la consommation courante d'alcool.

Cette étude a été réalisée grâce au concours de 481 000 personnes dont on connaissait le profil génomique ainsi que la consommation quotidienne d'alcool. Les analyses effectuées par les chercheurs ont permis de repérer 46 nouveaux locus – des régions du génome – associés à la prise d'alcool.

Plusieurs de ces variations sont situées dans des gènes exprimés dans le cerveau, note le professeur Thériault. La plus forte association concerne un gène lié aux protéines tau dans les microtubules; chez l'humain, ces protéines sont surtout présentes dans les neurones. Une autre variation génétique montrant une forte association touche le gène d'un récepteur de la dopamine, un neurotransmetteur.

Autre découverte intéressante, l'une des variations génétiques liées à la consommation d'alcool est aussi associée au volume du putamen mesuré par imagerie médicale. Le putamen est une région du cerveau qui interviendrait dans les dépendances, le syndrome de sevrage et certains troubles comme la psychose et la schizophrénie.

«Notre hypothèse est que certains mécanismes responsables de la consommation d'alcool se retrouvent également dans des maladies neuropsychiatriques, commente Sébastien Thériault. L'étude plus poussée des gènes que nous avons repérés pourrait permettre de mieux comprendre les mécanismes biologiques impliqués dans la consommation d'alcool et leurs interrelations avec la schizophrénie et d'autres troubles neuropsychiatriques.»

Le professeur prévient qu'il faut éviter le piège du déterminisme génétique, ce qui signifie que la présence de ces variations dans le génome n'est pas une condamnation immuable à la bouteille ni un prétexte pour prendre de l'alcool. «La consommation d'alcool est un trait multifactoriel complexe fortement influencé par les facteurs sociaux et environnementaux. L'intérêt de notre étude est qu'elle nous aide à comprendre les mécanismes biologiques qui interviennent dans la consommation d'alcool. À plus long terme, elle pourrait nous aider à mieux cibler les interventions servant à prévenir la consommation abusive d'alcool.»

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