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Le pari écologique de Beijing

L’été prochain, les athlètes qui participeront aux Jeux olympiques risquent d’évoluer dans un air pollué qui pourrait nuire à leurs performances

Par : Yvon Larose
Les Jeux olympiques de Beijing, à l’été 2008, seront-ils «verts» comme l’ont promis les autorités municipales de la capitale de la République populaire de Chine? «Beijing s’est engagée à diminuer la pollution atmosphérique et à construire d’importantes infrastructures pour le transport en commun, explique Christian Gagnon, étudiant à la maîtrise en relations internationales. Sauf que l’inquiétude grandit au sein de la communauté internationale, principalement au Comité international olympique (CIO), à l’effet que les conditions ne seront peut-être pas réunies à 100 %.» Le CIO craint que le niveau de pollution atmosphérique dans la capitale chinoise soit encore trop élevé et qu’il n’affecte les fonctions respiratoires des athlètes, ce qui entraînerait une diminution de leurs performances. Le CIO envisagerait de déplacer certaines épreuves, notamment les courses de longue distance, dans des endroits moins pollués.

Le jeudi 6 décembre, au pavillon Palasis-Prince, Christian Gagnon et son confrère Tommy Pilon ont présenté une communication sur les défis environnementaux de la Chine. Quatre autres présentations ont eu lieu dans le cadre de ce mini-colloque sur les défis et les contraintes qui confrontent la Chine à la veille des Jeux. L’activité était organisée notamment par le Groupe d’études et de recherche sur l’Asie contemporaine (GÉRAC). «Vingt des 30 villes les plus polluées au monde sont chinoises, précise Tommy Pilon. On trouve six fois plus de particules dans l’air de Beijing que dans celui de New York. La Chine a récemment dépassé les États-Unis comme le plus grand émetteur de dioxyde de carbone, le principal gaz à effet de serre.»

Le comité organisateur des Jeux de Beijing dispose d’un budget de 12,2 milliards de dollars. Vingt grands projets sont en cours dans cette mégapole de 17 millions d’habitants, entre autres, la construction d’une nouvelle ligne de métro et l’établissement d’un train rapide entre la ville et l’aéroport. Plusieurs lignes d’autobus éco-énergétiques seront ajoutées au réseau de transport public. Durant les Jeux, le tiers des automobiles seront interdites de circulation. Le parc automobile de la ville compte 3 millions de véhicules. Près d’une trentaine de centres de contrôle atmosphérique seront en place pour analyser la qualité de l’air et émettre des alertes. Les usines les plus polluantes verront leurs activités suspendues. «Des administrateurs d’usines ont été approchés pour qu’ils diminuent la production pendant les Jeux, souligne Christian Gagnon. Certains disent qu’ils ne pourront le faire.»

Selon Zhan Su, professeur au Département de management et directeur du GÉRAC, il importe que les Jeux agissent comme un catalyseur sur le plan environnemental pour l’ensemble du pays. En Chine, les coûts économiques de la pollution engendrée par une industrialisation massive et accélérée sont estimés entre 8 et 12 % du produit intérieur brut. «Le gouvernement, dit-il, a intérêt à régler ce problème puisque, compte tenu des dégâts causés par la pollution, il n’y a pas de croissance réelle.»

Les Jeux se veulent la vitrine d’une puissance économique mondiale en émergence. Le gouvernement chinois voit donc d’un mauvais œil les appels au boycott des Jeux en provenance notamment d’organismes occidentaux qui soutiennent les droits démocratiques élémentaires en Chine. «En Occident, explique Zhan Su, certains disent qu’il ne faut pas collaborer avec un régime autoritaire et qu’il faut saisir toutes les occasions pour le forcer à changer. D’autres croient au contraire que la meilleure façon d’influencer un tel gouvernement est de collaborer avec lui sur le plan économique.»

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