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Le mal du pays

Les Français qui immigraient en Nouvelle-France au 17e siècle n’y restaient pas toujours

Par : Renée Larochelle
Partis de France pour immigrer en Nouvelle-France au 17e siècle, ils ont pris la pelle et la pioche pour défricher cette terre où ils établiraient leur descendance, coupés de leur pays d’origine et bien décidés à faire leur vie dans leur nouvelle patrie. Si cette image du migrant français est fortement ancrée dans notre esprit, il faut pourtant savoir que plusieurs de ces pionniers ont choisi de retourner en France après avoir séjourné plus ou moins longtemps en Amérique. Pour certains, le départ a été temporaire, tandis qu’il a été définitif pour d’autres. Ce sont les circonstances de ce retour en métropole et cette facette moins connue de l’immigration que Marie-Ève Ouellet examine dans son mémoire de maîtrise en histoire intitulé L’envers de l’immigration coloniale: le retour en France des habitants du Canada (1632-1750).
   
Aux fins de cette étude dirigée par Alain Laberge du Département d’histoire, Marie-Ève Ouellet a consulté divers registres de population, des compilations généalogiques et des actes notariés. Ces recherches lui ont permis de former un échantillon de 133 individus mariés au moment de prendre la mer. Elle a écarté délibérément les chefs de famille dont l’occupation (intendants, fonctionnaires, etc.) aurait pu expliquer à elle seule le départ vers la Nouvelle-France. «Les personnes retournent en France le plus souvent dans les dix années suivant leur arrivée dans la colonie, dit Marie-Ève Ouellet. Certains partent temporairement afin de ramener le reste de leur famille au Canada ou de régler des affaires laissées en plan, tandis que d’autres décident au contraire de rapatrier pour de bon leur ménage en France. D’autres encore retournent en France sans en avertir leurs proches et les familles de ces colons n’en ont plus jamais de nouvelles. Cette situation crée beaucoup de pression auprès des femmes qui deviennent du même coup chefs de famille et se trouvent dans un vide juridique à mi-chemin entre le célibat et le veuvage.»

Partir, revenir
En examinant les transactions effectuées avant et après le départ des individus composant son échantillon, Marie-Ève Ouellet a découvert que, pour la plupart des émigrants, le retour n’avait rien d’un exil ou d’une errance. On part ainsi pour réintégrer son milieu d’origine et non pas pour recommencer ailleurs. À son avis, le fait que des personnes retournent là où elles résidaient avant de se rendre au Canada constitue un indice du rôle d’encadrement et de soutien joué par la famille dans le déplacement et montre que le contact n’a pas été rompu par la migration. Par ailleurs, le retour en France n’empêche pas d’entretenir des relations économiques avec les habitants de la colonie, certains continuant d’envoyer de l’argent à leurs proches restés en Nouvelle-France. Fait intéressant, plusieurs migrants traverseront l’océan Atlantique à plusieurs reprises au cours de leur vie, que ce soit pour assister à un mariage ou pour vendre leurs biens.
   
Mis à part les circonstances entourant leur retour en France, le plus fascinant est encore de comprendre les causes ayant incité les uns à rester et les autres à repartir. Selon Marie-Ève Ouellet, ces motifs pourraient bien s’apparenter à ceux qui animent les Français d’aujourd’hui qui choisissent de quitter cette Terre promise qu’était pour eux le Québec après y avoir immigré. Si des considérations économiques peuvent entrer en jeu, là n’est pas le cœur du problème. «Quand on repart, cela signifie que certaines attentes n’ont pas été comblées, estime l’historienne. On éprouve un sentiment de nostalgie pour son pays, on s’ennuie et on finit par découvrir qu’on y était très attaché. En fait, on a le mal du pays.»   

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