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La tordeuse des bourgeons de l'épinette, source de molécules antibiotiques et anticancer

Certaines molécules produites par cet insecte pourraient mener à de nouvelles thérapies contre les infections et les cancers

Par : Jean Hamann

L'un des pires ravageurs des forêts québécoises pourrait tout de même nous apporter du bon. En effet, des chercheurs de l'Université Laval et du Service canadien des forêts ont découvert la présence de molécules antimicrobiennes et anticancer chez la tordeuse des bourgeons de l'épinette. Les détails de leurs travaux viennent de faire l'objet d'une publication dans la revue Proteins.

«On a toujours considéré la tordeuse comme un insecte nuisible, mais notre étude montre qu'elle produit des molécules à partir desquelles on pourrait développer de nouveaux médicaments contre les microorganismes pathogènes et contre le cancer», constate le premier auteur de l'étude, Halim Maaroufi, de l'Institut sur la biologie intégrative et des systèmes (IBIS) de l'Université Laval. Ces molécules pourraient aider à contourner le phénomène de résistance aux médicaments observé chez les microorganismes et dans certaines lignées cellulaires cancéreuses.

La découverte de ces molécules est survenue dans le cadre d'un projet plus vaste mené par Roger Levesque, de la Faculté de médecine de l'Université Laval, et Michel Cusson, du Service canadien des forêts, tous deux rattachés à l'IBIS. Ce projet consiste à séquencer et à assembler le génome et le transcriptome de la tordeuse des bourgeons de l'épinette.

«Les peptides antimicrobiens sont courants chez les organismes vivants, notamment chez les insectes, rappelle Roger Levesque. Ils font partie du système immunitaire inné. Nous en avons trouvés plusieurs chez la tordeuse, dont l'un qui n'avait jamais été décrit antérieurement.»

Les peptides étudiés par les chercheurs font partie de la famille des cécropines. Ils tirent leur nom du papillon – la saturnie cécropia– chez qui ils ont été isolés en 1980. Leur structure fait en sorte qu'ils interagissent naturellement avec la paroi cellulaire des microorganismes: ils y pratiquent des brèches ou désorganisent les charges de la membrane, ce qui conduit à la mort des cellules touchées. Des tests effectués in vitro par les chercheurs montrent d'ailleurs que ces cécropines inhibent la croissance de E. coli.

Les chercheurs ont aussi découvert, chez la tordeuse, une cécropine dont une section s'apparente à celle retrouvée dans des peptides d'autres organismes qui induisent la mort cellulaire. «Ces peptides interfèrent avec la division cellulaire et ralentissent la multiplication des cellules. Il serait intéressant d'étudier les effets de cette cécropine de la tordeuse sur des cellules cancéreuses», estime le professeur Levesque.

Les peptides de la tordeuse des bourgeons de l'épinette ne seraient pas utilisés tels quels pour des applications thérapeutiques chez l'humain, précise-t-il. «Il faudrait d'abord identifier la partie active de la molécule, l'isoler, créer des analogues en substituant des acides aminés et évaluer leur efficacité respective contre les microorganismes et contre les cellules cancéreuses. Il y a là une piste intéressante à explorer pour trouver de nouvelles molécules thérapeutiques.»

L'étude publiée dans Proteins est signée par Halim Maaroufi, Marianne Potvin, Michel Cusson et Roger Levesque.

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