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La Judée au temps du Christ

Jésus de Nazareth a vécu dans un pays traversé par de fortes tensions sociales et politiques

À l’extérieur du Musée d’Israël, à Jérusalem. Cette maquette à l’échelle 1:50 montre l’ancienne Jérusalem, avant sa destruction en 70 de notre ère. Le Second Temple est bien en vue. La maquette a vu le jour dans les années 1960. Des archéologues ont assuré sa conception basée sur des sources historiques variées, notamment les textes de l’historiographe Flavius Josèphe, le Talmud et le Nouveau Testament.

«Jésus de Nazareth naît en Galilée, une région voisine de la Judée, une province romaine. Les Juifs de cette époque vivent dans l’attente d’une délivrance, d’une restauration, par un messie ou sauveur, de leur indépendance politique perdue suite à la conquête romaine de l’an 63 avant notre ère. Une vaste majorité de Juifs souffre de cette occupation qu’elle considère insupportable.»

Jonathan Bourgel est professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses et titulaire de la Chaire de leadership en enseignement en études juives. Le vendredi 27 septembre, il a animé un séminaire connecté sur le thème «Le judaïsme du Second Temple, berceau de Jésus». Une soixantaine d’internautes, plusieurs de l’Université Laval, ont suivi la présentation et participé à une période de questions. «Plusieurs questions, dit-il, ont porté sur les courants juifs de l’époque du Second Temple.»

La conquête du royaume hasmonéen par Rome a ceci de particulier qu’elle survient après 80 ans de pouvoir juif. Situé au confluent de trois continents, l’Israël de l’époque biblique était historiquement le point de passage des conquérants. Conséquence: dans son histoire, le peuple juif fut envahi puis soumis à divers empires.

«Il fut extrêmement douloureux pour les Juifs de renoncer à leur indépendance, explique le professeur Bourgel. Une de leurs craintes était que leur culte soit altéré, voire interdit, par une autorité étrangère porteuse d’une religion polythéiste. Cette méfiance va conditionner le rapport de nombreux Juifs à Rome. Elle débouchera sur des insurrections contre l’occupant. Sur le plan religieux, il est évident que l’action d’un individu comme Jésus de Nazareth s’inscrit dans le contexte d’exacerbation des attentes messianiques et eschatologiques qui marqua la Judée du 1er siècle. Jésus partageait très certainement les préoccupations de ses contemporains.»

La référence au Second Temple de Jérusalem dans le titre du séminaire n’est pas anodine. C’était l’un des complexes religieux les plus imposants du monde romain. La surface de son esplanade mesurait environ 144 000 mètres carrés.

«Ce temple était le centre névralgique du judaïsme puisqu’il était le seul sanctuaire dans lequel les Juifs étaient autorisés à accomplir des sacrifices, souligne Jonathan Bourgel. À cette époque, Jérusalem était une ville extrêmement importante. Hérode, qui gouverne la Judée de 37 à 4 avant Jésus-Christ, est un bâtisseur. Il est à l’origine de la reconstruction du Second Temple dans des dimensions monumentales. L’économie de la ville repose en grande partie sur le culte. Trois fêtes de pèlerinages animaient la ville chaque année à l’occasion desquelles les Juifs se rendaient à Jérusalem.»

Les Sadducéens et l’occupant romain

Les écrits de Flavius Josèphe, un historiographe romain juif d’origine judéenne, révèlent l’existence de trois courants au judaïsme du premier siècle. Ce sont le pharisaïsme, le sadducéisme et l’essénisme. «Certains Juifs étaient plus accommodants que d’autres vis-à-vis l’occupant romain, soutient le professeur. C’était le cas des Sadducéens. Cette secte comptait dans ses rangs les grands prêtres. Elle collaborait avec l’occupant et contribuait au maintien de l’ordre. Pas surprenant qu’ils aient été impliqués dans l’arrestation de Jésus. De tels agitateurs étaient vu d’un très mauvais œil par les Romains.»

Selon lui, Jésus de Nazareth n’était pas seul. Dans un ouvrage récent, le professeur Menahem Mor, de l’Université de Haïfa, mentionne avoir recensé une vingtaine de noms d’activistes associés au messianisme, en Judée et dans la diaspora de l’époque, sur une période de près de 200 ans.

«Il ne semble pas que le mouvement de Jésus ait connu une grande popularité parmi les Juifs de Judée du 1er siècle, explique Jonathan Bourgel. Jésus doit plus probablement son succès à ceux de ses premiers disciples qui se sont tournés vers les non-Juifs dans leur effort de conversion, au premier rang desquels l’apôtre Paul.»

Selon le professeur, il semble évident que les auteurs des évangiles, écrits plusieurs années après la mort de Jésus de Nazareth, avaient à cœur de prouver que leur mouvement ne représentait aucune menace pour les autorités romaines.

«Citons, dit-il, par exemple Luc 23 (1-2; 13-14): “[…] Ils [les membres du sanhédrin] le conduisirent devant Pilate. Et ils commencèrent à l’accuser, disant: Nous avons trouvé celui-ci soulevant notre nation, et empêchant de payer les impôts à César; et se disant être Christ, Roi... Et Pilate, ayant convoqué les principaux sacrificateurs et les magistrats et le peuple, leur dit: Vous m’avez amené cet homme comme soulevant le peuple, et voici, l’ayant examiné moi-même devant vous, je n’ai trouvé cet homme”.»

En l’an 70 de notre ère, durant la première guerre judéo-romaine, l’armée romaine a détruit la ville de Jérusalem, y compris le Second Temple. «Une des conséquences de ce conflit sera que le judaïsme cessera d’être une religion sacrificielle, indique Jonathan Bourgel. Elle deviendra une religion axée sur l’étude de la loi et la prière.»

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