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La fin du pétrole n'est pas pour demain

Selon Antoine Ayoub, dans les 20 prochaines années la sécurité des approvisionnements sera encore plus importante pour les pays importateurs que l’épuisement, somme toute improbable, de la ressource

Par : Yvon Larose
«L’instabilité politique croissante de la principale région du pétrole, le Moyen-Orient, introduit des éléments d’incertitude plus angoissants que la raréfaction du pétrole et le pic pétrolier qui en découle. Cette situation nous fait dire que le problème de la sécurité des approvisionnements, qui est toujours menaçant, est encore plus important, pour les 20 prochaines années, que celui d’un épuisement physique dont on ignore vraiment la date.»

C’est sur ces mots qu’Antoine Ayoub, professeur émérite du Département d’économique et fondateur du Groupe de recherche en économie de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles, a conclu son exposé sur le thème du pétrole, le vendredi 13 novembre, au pavillon J.-A.-DeSève.De nombreux défenseurs du concept du «pic pétrolier» soutiennent que nous sommes entrés dans la phase de déclin de la production mondiale. Certains estiment que le déclin commencera dans 10, 20 ou 30 ans. «Je crois qu’il est impossible de déterminer une date, souligne le professeur Ayoub. De nombreux facteurs, qu’ils soient technologiques, économiques, environnementaux ou politiques, sont changeants et imbriqués les uns dans les autres.» Selon ce dernier, le niveau des réserves pétrolières se serait même amélioré. «En 1973, le ratio réserves-production prévoyait que les réserves connues suffiraient à 31 ans de production au même niveau que 1973, indique Antoine Ayoub. En 2007, le ratio prévoyait que les réserves connues suffiraient à 44 ans de production.» Selon lui, de nouvelles et importantes découvertes de pétrole, ainsi que de grandes innovations technologiques dans l’exploration et la production expliquent ce résultat.

Au fil des ans, la consommation mondiale de pétrole a constamment augmenté en valeur absolue. Il reste que le monde a assisté, depuis 35 ans, à l’implantation d’un mouvement de substitution du pétrole par d’autres sources d’énergie comme le charbon, le gaz naturel ou l’hydroélectricité. «Ce mouvement est radical et s’est, semble-t-il, définitivement installé, soutient le professeur Ayoub. En 1973, le pétrole occupait environ 60 % du bilan énergétique mondial. En 2007, il n’était plus que 35 %. Et environ 30 % du total de consommation relevait du seul secteur du transport.» Selon lui, la problématique pétrolière actuelle et pour un proche avenir n’est pas le tarissement des réserves. C’est plutôt la diminution de la dépendance au pétrole du secteur du transport, notamment au moyen de véhicules hybrides et électriques.

Antoine Ayoub affirme que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) peut répondre au défi que représente l’augmentation prévue de la demande en pétrole. Cette demande doit provenir surtout des pays émergents, en premier lieu de la Chine. «L’OPEP, précise-t-il, a réussi à répondre à la demande jusqu’à présent, même lors des deux guerres du Golfe, en 1990-1991 et en 2003, ainsi qu’après le passage de l’ouragan Katrina en 2005 aux États-Unis.»

Selon ce dernier, le temps est venu de mettre en place une coopération internationale sur le plan énergétique. «Possible quoique difficile, dit-il, cette coopération aurait comme objectifs, entre autres, de mettre tous les pays d’accord pour économiser l’énergie, d’encourager les énergies de substitution comme l’éolien, et de mettre en valeur le potentiel d’énergie solaire des pays du Sud.»

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