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Des algues qui font des vagues

Les règlements adoptés pour contrer les cyanobactéries sont un pas dans la bonne direction, mais il faudra plus, estime Warwick Vincent

Par : Jean Hamann
Les mesures mises en oeuvre par Québec pour freiner la prolifération des algues bleu-vert sont utiles et elles auront des effets positifs sur la qualité de nos lacs. Toutefois, si on veut régler le problème de façon durable, il faudra en arriver à une gestion qui tient compte des particularités de chaque plan d’eau, estime le professeur du Département de biologie, Warwick Vincent. Ce spécialiste réagissait aux règlements récemment adoptés par le gouvernement du Québec dans le dossier des algues bleu-vert, dont la ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, a fait l’annonce le 5 décembre. Parmi ces mesures, mentionnons l’interdiction de la vente de détergents à vaisselle contenant plus de 0,5 % de phosphore et l’élargissement des pouvoirs accordés aux municipalités par rapport aux rejets d’eaux usées des embarcations de plaisance, à la vidange des fosses septiques et à la mise aux normes des systèmes privés de traitement des eaux usées.
   
Ces mesures constituent des interventions valables, mais il faut aller plus loin en élaborant un plan spécifique à chaque lac, croit le professeur Vincent. Les activités agricoles exercent-elles une influence dans le bassin versant du lac? Le lac contient-il déjà beaucoup de phosphore? L’utilisation du sol pourrait-elle déstabiliser le terrain et entraîner le phosphore normalement piégé dans le sol vers le lac? Quelles sont les sources externes de phosphore? Voilà autant de questions auxquelles il faut trouver réponse pour poser le bon diagnostic et élaborer un plan d’action approprié pour chaque plan d’eau, suggère-t-il. «L’augmentation du budget accordé aux organismes de bassins versants et aux conseils régionaux de l’environnement pourrait contribuer à ces analyses techniques», propose le professeur.
   
Les algues bleu-vert ou cyanobactéries, dont certaines espèces sont nocives pour la santé humaine, ont fait la manchette l’été dernier lorsque leurs populations ont explosé dans près de 200 lacs québécois. Le phosphore constituerait l’élément clé de leur prolifération de sorte que tout ce qui favorise une hausse de sa concentration dans la colonne d’eau — engrais, savons, fosses septiques défectueuses et déboisement des berges — contribue à la croissance de ces algues. Selon Warwick Vincent, la multiplication des lacs envahis par les algues bleu-vert, qui s’est accentuée depuis deux ans au Québec, indique «que nos lacs ont atteint un seuil critique de sensibilité, résultant de plusieurs décennies de dégradation, qui fait que toute addition de phosphore a maintenant d’importantes répercussions».
   
Pour faire le point sur la question, le professeur Vincent et quelques collègues organisent un colloque qui a pour thème «Cyanobactéries: mieux connaître pour mieux gérer». Destiné au grand public et aux spécialistes, l’événement aura lieu le 24 janvier à l’Université, sous l’égide de l’Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société (www.ihqeds.ulaval.ca/colloquecyanos.html). Une dizaine de conférenciers dresseront le bilan de la situation des algues bleu-vert au Québec et ailleurs dans le monde, et ils présenteront les résultats d’expériences mises de l’avant pour contrôler cet envahisseur.

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