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Chassez le naturel

Le rayon des produits naturels subira sous peu un grand ménage et les étudiants en pharmacie seront mieux formés pour nous conseiller

Par : Jean Hamann
Perplexes, confus et désemparés. Voilà comment la plupart des consommateurs se sentent devant le rayon des produits naturels des pharmacies. La glucosamine avec ou sans chondroïtine? En crème ou en comprimés? Des oméga-3 avec ou sans oméga-6 et oméga-9? Griffe de chat ou bois de velours? Pas facile de s’y retrouver parmi les quelque 40 000 à 60 000 produits naturels en vente au Canada, même pour des spécialistes. «Il m’a fallu quatre mois de travail pour préparer le cours de trois heures que je donnais aux étudiants de la Faculté de médecine», signalait le professeur François Doré lors d’une conférence présentée récemment devant l’Association des retraités de l’Université Laval.
   
Mais la récréation tire à sa fin pour les fabricants qui nous promettent des résultats miracles sans avoir à prouver leurs allégations. À compter de 2009, ceux-ci devront avoir fait la preuve de l’innocuité et de l’efficacité de leurs produits pour que Santé Canada en autorise la vente au pays. «Il ne faut pas être naïf, dit le professeur Doré. Certains produits naturels n’ont pas plus d’efficacité qu’un placebo. Dans certains cas, c’est vraiment de l’arnaque.» Mais, ajoute-t-il aussitôt, il ne faut pas être obtus non plus. La pharmacopée moderne repose ou s’inspire en bonne partie de molécules produites naturellement par des organismes vivants. Qu’on pense seulement à l’aspirine dont l’ingrédient actif est une molécule dérivée d’un composé contenu dans l’écorce de saule, à la pénicilline découverte chez des champignons, aux taxanes provenant de l’if du Canada qui servent à traiter les cancers du sein et de l'ovaire, ou aux comprimés de Gravol sans somnolence fabriqués à partir du gingembre.
   
Que certains produits naturels contiennent des composés bioactifs efficaces dans le traitement des certains maux ne fait pas de doute. «Il y a toutefois un problème avec l’autoprescription de produits naturels, prévient François Doré. Certaines molécules contenues dans ces produits peuvent avoir de dangereuses interactions avec les médicaments. En plus, dans certains cas, ça retarde le début d’un traitement approprié.»

À quelle porte frapper?
Si le simple citoyen n’a pas les connaissances requises pour choisir le produit naturel convenant à son cas, à qui peut-il faire confiance? Aux naturopathes? La naturopathie, qui ne fait pas l’objet d’une formation universitaire reconnue au Québec, est pratiquée par des gens dont les connaissances et les compétences sont très variables. Aux médecins? Même si les facultés de médecine ont fait montre d’ouverture à l’endroit des médecines alternatives et complémentaires au cours des dernières années, ce n’est pas demain la veille que le médecin de famille moyen prescrira des produits naturels à ses patients. À l’Université Laval, le cours à option Pharmacognosie, qui porte sur les produits naturels biologiquement actifs, attire une soixantaine d’étudiants des sciences de la santé chaque année. Au cours des trois dernières années, seulement trois étudiants en médecine l’ont suivi, constate la responsable du cours, Julianna Juhasz, de la Faculté de pharmacie.
   
Le spécialiste le mieux placé pour informer les consommateurs sur les produits naturels est le pharmacien, estime la professeure Juhasz, qui a donné des cours de formation continue sur le sujet à des centaines de pharmaciens en pratique. D’ici quelques années, ils seront encore mieux préparés à répondre aux questions de leur clientèle parce que le cours Pharmacognosie sera obligatoire dans le nouveau programme de pharmacie qui sera offert à partir de 2009 à l’Université Laval. «Les pharmaciens doivent connaître les produits qui se trouvent sur les tablettes de leur commerce afin de bien conseiller leurs clients et d’être très au fait des contre-indications, insiste-t-elle. De plus en plus d’études scientifiques démontrent que les produits naturels peuvent être efficaces pour soigner des pathologies bénignes et c’est important que les patients aient le choix du traitement qu’ils préfèrent lorsque c’est possible.»

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