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Bien manger 101

L’école est appelée à la rescousse de la famille pour contrer l’épidémie d’obésité chez les jeunes

Par : Jean Hamann
Être gros lorsqu’on est enfant constitue un boulet qu'on risque de traîner tout au long de sa vie et c’est pourquoi il serait important que les notions de base d’une saine alimentation soient enseignées à l’école dès le primaire, estime la professeure Natalie Alméras. Si l'école doit prendre sous son aile une responsabilité que plusieurs jugent du ressort de la famille, c'est essentiellement pour donner la chance à tous les enfants d'avoir un bon départ dans la vie, a-t-elle expliqué aux quelque 250 personnes qui participaient, le 17 octobre, au colloque «L'obésité et l'enfant à l'école», organisé par la Division kinésiologie du Département de médecine sociale et préventive.
   
Membre du Centre de recherche de l'Hôpital Laval et professeure rattachée au Département des sciences des aliments et de nutrition, Natalie Alméras a  présenté les conclusions de plusieurs études relatant les impacts souvent insoupçonnés d’un surplus de poids important chez les enfants. Les jeunes obèses deviennent souvent des adultes obèses, ce qui affecte leur santé et leur espérance de vie. Mais avant d’en arriver là, ils risquent d’endurer des années de tourment à l’école: faible estime de soi, stigmatisation sociale et absentéisme sont le lot des enfants ronds ou obèses, avec les conséquences qu’on devine sur leur réussite à l’école. «Les mauvaises habitudes alimentaires augmentent jusqu’à trois fois le risque de faible performance scolaire, a rappelé la professeure. Inversement, de bonnes habitudes alimentaires sont associées à la réussite à l’école.» Les problèmes de poids peuvent donc influencer de façon durable le rapport à l’école et les choix de vie qui en découlent.

L’apport des nutritionnistes
La politique cadre Pour un virage santé à l’école, dont Natalie Alméras a supervisé la recherche et la rédaction pour le compte du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, comprend plusieurs recommandations sur le rôle du milieu scolaire dans la promotion de saines habitudes de vie. Il y est évidemment question de la qualité des produits offerts dans les services alimentaires des écoles, mais aussi d’éducation et de sensibilisation à une bonne alimentation, notamment au moyen de programmes scolaires. «Les notions de bien manger pourraient être intégrées aux cours existants tout au long du primaire, notamment en éducation physique, mais aussi en sciences, en français et même en mathématiques lorsqu’il est question de portions, fait-elle valoir. Comme on en demande déjà beaucoup aux enseignants, il faudrait qu’ils puissent compter sur des nutritionnistes pour les épauler dans cette démarche.»
   
Depuis cinq ans, Natalie Alméras et son équipe testent  l’efficacité d’un programme scolaire sur l’adoption de bonnes habitudes alimentaires chez des enfants qui fréquentent une école primaire de Charlesbourg. Les résultats préliminaires indiquent que cette intervention a des effets positifs durables sur l’alimentation des enfants, même à l’extérieur de l’école. Ainsi, le pourcentage d’enfants qui prennent des déjeuners incluant des aliments des trois groupes alimentaires est passé de 30 % à 53 % après trois années d’intervention.
   
La prévalence de l’obésité a augmenté de façon spectaculaire chez les enfants au cours des dernières années. À l’échelle mondiale, 10 % des 5 à 17 ans sont gros ou obèses. Au Canada, au cours des 25 dernières années, la prévalence de l’obésité a triplé chez les enfants et les adolescents, passant de 3 % à 8 %. Les problèmes de surpoids, pratiquement inexistants chez les moins de 5 ans il y a quelques décennies à peine, touchent maintenant 6 % des enfants. La prévalence combinée de surpoids et d’embonpoint chez les enfants et les adolescents québécois se chiffre aujourd’hui à 23 %. Dans pareil contexte, la famille a-t-elle encore le luxe de se passer de l’appui de l’école?

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