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Beau et sec

Si le passé est garant de l’avenir, la région de Québec devra apprendre à composer avec des pénuries d’eau

Par : Jean Hamann
Août 2002. La région de Québec traverse une canicule prolongée, le débit de la rivière Saint-Charles chute dramatiquement et les réserves d’eau potable atteignent un creux historique. Pour assurer un approvisionnement minimal, les autorités adoptent un plan d’action, incluant un raccordement d’urgence à la rivière Jacques-Cartier. Cette situation, du jamais vu en 50 ans, constitue-t-elle un événement isolé ou, au contraire, le prélude aux pénuries qui nous guettent avec le réchauffement climatique?

L’étudiant-chercheur Sébastien Blouin a voulu en avoir le coeur net. Dans le cadre de ses travaux de maîtrise, réalisés au Département de géographie sous la supervision de Nathalie Barrette, il a étudié les variations du débit des rivières Saint-Charles, Montmorency, Jacques-Cartier, Chaudière et Etchemin, pour la période 1970 - 2002, en fonction des variables climatiques régionales. La population de la grande région de Québec dépend, en bonne partie, de ces cinq rivières pour son approvisionnement en eau potable.

Son analyse des données climatologiques fournies par Environnement Canada indique que depuis trente ans, la température a augmenté entre 0,9 et 1,6 degrés Celsius dans les différents secteurs de la grande région de Québec où coulent ces rivières. Ce réchauffement, considéré comme élevé par les climatologues, serait surtout manifeste depuis 1998 et il surviendrait principalement aux mois de décembre, janvier et septembre, a constaté l’étudiant-chercheur. Côté précipitations, deux changements significatifs sont survenus: il pleut moins en août et septembre et les précipitations sous forme de neige sont à la baisse dans plusieurs secteurs.

Comme les précipitations constituent le principal paramètre climatique affectant la variation des débits, c’est sans surprise que l’étudiant-chercheur a relevé des changements dans l’hydraulicité des rivières de la région. L’analyse des données fournies par le Centre d’expertise hydrique du Québec, qui possède des stations hydrologiques dans la partie aval des cinq cours d’eau étudiés, indique une baisse du débit des rivières en mai, août et septembre, qui atteint entre 25% et 80 %, selon les cours d’eau. «Les baisses de pluviosité d’août-septembre s’avèrent de loin la principale cause de l’accentuation des étiages d’été (le plus bas niveau d’un cours d’eau atteint en période de sécheresse)», constate Sébastien Blouin. Ce phénomène a également été observé dans d’autres parties du territoire situé dans l’axe des Grands Lacs et du Saint-Laurent.

D’ici 2100, les experts prévoient que la température moyenne du Sud du Québec augmentera entre 1,5 et 7 degrés Celsius, avec une intensification des périodes de canicule. Ce scénario met la table à des étiages estivaux accentués, qui pourraient menacer l’approvisionnement en eau dans la région de Québec. En effet, la rivière Saint-Charles, qui fournit 60 % de l’eau potable de la nouvelle ville de Québec, est caractérisée par un petit réservoir naturel – le lac Saint-Charles – et un faible débit – le plus petit parmi les cinq rivières étudiées. «L’été 2002 pourrait être à l’image de ce qui se profile dans le futur», commente Sébastien Blouin. Il faut dès maintenant envisager des stratégies pour faire face à cette éventualité, poursuit-il. «La consommation d’eau individuelle est très élevée et il est possible de réaliser des économies substantielles de ce côté, sans engendrer de coûts supplémentaires. Si ça ne suffit pas, il faudra considérer le branchement sur des rivières à plus fort débit, comme la Jacques-Cartier ou la Montmorency.»

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