
André Darveau souligne que toute la communauté universitaire est concernée par le défi d'atteindre l'équilibre budgétaire. «Nous devons collectivement innover dans nos façons de faire et améliorer notre efficience», affirme-t-il.
— Yan Doublet, Université Laval
Pour 2026-2027, l'Université Laval présente un budget équilibré de 1,6 milliard$, malgré le contexte économique défavorable pour les universités québécoises. Au lendemain de l'adoption de ce budget par le Conseil d'administration, Sophie D'Amours, rectrice, et André Darveau, vice-recteur exécutif et vice-recteur aux finances et aux ressources humaines, répondent aux questions d'ULaval nouvelles.
Q: Qu'est-ce qui fait en sorte que l'Université Laval connaît des difficultés financières en ce moment?
André Darveau: Plusieurs facteurs ont eu de grandes répercussions sur les finances de toutes les universités du Québec: les modifications aux règles de financement du ministère de l'Enseignement supérieur, le contexte inflationniste qui a poussé les coûts à la hausse, les enveloppes ciblées pour financer certains programmes de formation et la baisse marquée des inscriptions des étudiantes et étudiants de l'international.
Sophie D'Amours: En deux ans, la situation pour les universités québécoises a basculé. Plusieurs décisions de l'État québécois ont porté un dur coup à nos finances. Ce qu'on vit en ce moment met en évidence la fragilité des universités québécoises, qui ont trop peu de ressources pour faire face à des coupes budgétaires.
Q: Est-ce qu'il y aura des compressions à faire pour atteindre l'équilibre budgétaire en 2026-2027?
André Darveau: Oui. Des compressions directes de 9,3 millions$ ont été prévues dans toutes les unités et facultés. À cela s'ajoutent des économies ponctuelles et l'utilisation de fonds dans les réserves institutionnelles. Ces actions concrètes, totalisant 45 M$, nous permettent d'atteindre l'équilibre budgétaire. Je rappelle que les universités ont l'obligation légale de présenter au gouvernement un budget équilibré. Sinon, elles s'exposent à des mesures correctives, voire à une obligation de soumettre un plan de redressement, qui doit être accepté par le ministère de l'Enseignement supérieur.
Sophie D'Amours: En plus des compressions dites structurelles, qui perdureront, nous avons fait des économies ponctuelles, c'est-à-dire abandonner ou retarder certains projets. Nous avons aussi dû piger dans nos réserves institutionnelles. Normalement, nos réserves représentent environ 6% du budget total de l'Université. En ce moment, elles sont à 3%. Et si rien n'est fait, on pourrait épuiser complètement nos réserves d'ici 2028-2029. Il y a un effort collectif à faire afin de conserver des leviers de développement et de préserver la capacité d'agir de l'Université Laval pour le futur.
Q: Vous dites qu'il y a un effort collectif à faire. À quoi peut-on s'attendre dans les prochaines années?
André Darveau: Des compressions budgétaires additionnelles devront être envisagées au cours des mois et années à venir. Nous avons eu besoin de trouver 45 millions$ cette année pour atteindre l'équilibre budgétaire, mais si la contribution gouvernementale demeure à ce niveau et que nous ne posons pas les gestes requis, ces efforts pourraient atteindre 60 millions$ pour l'année 2027-2028. Nous sommes toutes et tous concernés par ce défi. Nous devons collectivement innover dans nos façons de faire et améliorer notre efficience.
Sophie D'Amours: Le statu quo n'est pas viable. En plus d'optimiser nos processus, nous devons travailler à la modernisation de nos programmes. Le monde change rapidement et on a un contexte financier qui nous oblige à poser un regard critique sur l'ensemble de notre offre universitaire ainsi que sur nos pratiques administratives.
Q: Est-ce que ces efforts auront un effet sur les membres du personnel?
André Darveau: On a beaucoup embauché ces dernières années, alors c'est certain qu'il y aura un ralentissement et certains membres du personnel administratif verront leur emploi se terminer. Par contre, nous travaillons à ce que les impacts sur les membres du personnel soient le plus limités possible.
Sophie D'Amours: Nous travaillons de pair avec les syndicats, notamment avec l'Association du personnel administratif professionnel de l'Université Laval (APAPUL), pour accompagner le mieux possible les personnes qui se retrouveraient dans un contexte de fin d'emploi.
Q: Comment envisagez-vous l'avenir?
André Darveau: L'Université Laval est une université distinctive, qui va continuer de se distinguer. On souhaite maintenir la qualité de la formation et de la recherche. Les décisions que l'on va prendre vont toujours chercher à protéger l'expérience que les étudiantes et étudiants viennent vivre dans notre université.
Sophie D'Amours: Il est grand temps de réinvestir dans les universités. Les défis financiers sont tels que nous peinons à joindre les deux bouts, alors qu'au même moment, la société attend de nous tellement de réponses et de solutions pour former les talents dont nous avons besoin collectivement. Nous sommes inquiets pour l'avenir. Pour la prochaine année, je pense que nous serons capables de relever le défi budgétaire qui est devant nous, mais après, ce sera difficile sans réinvestissement.





















