1 avril 2025
Résumés vulgarisés dans les revues scientifiques: beaucoup de place à l'amélioration
Les résumés simplifiant le contenu des articles scientifiques sont une manifestation concrète de science ouverte. Malheureusement, ils sont encore peu fréquents dans de nombreuses revues savantes canadiennes.

Les universitaires sont formés pour écrire dans un style technique propre à leur domaine. Écrire dans un langage simple et accessible fait appel à d'autres compétences. Pour cette raison, la rédaction de résumés vulgarisés peut représenter une somme de travail appréciable pour certains.
— Getty Images/VM
De plus en plus de revues savantes invitent les scientifiques qui publient dans leurs pages à produire un résumé vulgarisé permettant à des non-spécialistes de saisir l'essence de leurs travaux. Les scientifiques sont-ils nombreux à profiter de cette tribune pour communiquer le fruit de leurs recherches au plus grand nombre? Une étude publiée dans The Canadian Journal of Information and Library Science par la professeure Lynne Bowker, de l'Université Laval, suggère que les efforts en ce sens sont à géométrie très variable et qu'il y a encore beaucoup de place à amélioration.
«Les résumés vulgarisés s'inscrivent dans un mouvement qui encourage les chercheurs universitaires à redonner à la société qui soutient financièrement leurs travaux. C'est une forme de retour sur les investissements publics en recherche», souligne la professeure Bowker, qui enseigne au Département de langues, linguistique et traduction et qui dirige la Chaire de recherche du Canada en traduction, technologies et société.
Pour savoir comment les scientifiques répondaient à cette invitation, la chercheuse a compilé la fréquence des articles avec résumé vulgarisé dans les 22 revues savantes du plus important éditeur scientifique au pays, Canadian Science Publishing. Depuis 2016, dans les directives aux auteurs communes à toutes ses revues, cet éditeur encourage les scientifiques à produire un résumé vulgarisé de leur article, mais il n'en fait pas une obligation.
Les analyses montrent que pour la période allant de 2016 à 2023, aucun résumé vulgarisé ne figurait dans 19 de ces 22 revues. La situation est un peu plus réjouissante pour les trois revues restantes, FACETS (la revue de l'Académie des sciences de la Société royale du Canada), Arctic Science et Canadian Journal of Plant Science. La proportion d'articles avec résumé vulgarisé y atteignait respectivement 72%, 60% et 14% en 2023. «Les directives aux auteurs spécifiques de ces 3 revues font explicitement mention de résumés vulgarisés, ce qui renforce le message diffusé dans les directives communes aux auteurs», estime la professeure Bowker.
Plusieurs raisons peuvent expliquer ce qui semble un désintérêt des scientifiques pour cette tribune de vulgarisation, analyse la chercheuse.
— Lynne Bowker
Par ailleurs, poursuit-elle, les universitaires ont déjà une charge de travail élevée et produire des textes vulgarisés pour leurs articles ajoute à leurs tâches. «Cela peut exiger beaucoup de travail parce qu'ils ne sont pas formés pour ça. Ils sont habitués à écrire dans un langage technique. Écrire dans un langage simple et accessible fait appel à d'autres compétences et les universitaires reçoivent peu de soutien pour les développer. Il faut aussi considérer le fait que la presque totalité des articles scientifiques est publiée en anglais. Pour un pourcentage substantiel de scientifiques, l'anglais est une deuxième ou une troisième langue, ce qui complique davantage le travail.»
La professeure Bowker estime que les choses pourraient s'améliorer rapidement au cours des prochaines années grâce à l'intelligence artificielle. «Certains chercheurs y ont déjà recours à cette fin», observe-t-elle.
Un autre moyen de faire bouger les choses serait que les éditeurs rendent obligatoires les résumés vulgarisés. «Si j'étais responsable d'une revue scientifique, je le ferais. Je crois aux mérites de la science ouverte et du libre accès. Les articles scientifiques produits par les chercheurs doivent non seulement être accessibles gratuitement, mais il faut aussi que la compréhension de leur contenu soit possible. La population a le droit de comprendre.»