
William Riguelle travaille notamment avec des illustrations comme cette œuvre de Richard Short, Le couvent des Ursulines, de 1761, pour reconstituer le passé.
— Richard Short, Le couvent des Ursulines (détail), BAC, C-0003585, 1761
Le 6 juin en début d'après-midi, William Riguelle transporte l'assistance au 17e siècle. «On sait, grâce à un recensement de la population de Québec en 1688, que les citadins gardent à l'intérieur de leurs palissades 244 bovins, 300 moutons et une centaine de cochons, chiffres auxquels s'ajoutent les chiens, les chats et la volaille. Dans une ville qui compte à l'époque 1000 habitants, il y aurait donc à peu près autant d'humains que d'animaux non humains», décline le stagiaire postdoctoral à la Faculté des lettres et des sciences humaines.
Il souligne que c'est à la suite de la venue de Samuel de Champlain et de la colonisation française que les animaux domestiques, jusque-là inconnus sur le territoire du Canada, ont traversé l'Atlantique sur des navires en provenance de Normandie ou de La Rochelle pour être importés. Il cite la Gazette de Montréal qui, un siècle plus tard, relaie une loi qui interdit aux habitants de laisser errer chevaux, cochons, moutons et chiens dans les rues sous peine d'une amende de 5 shillings.
«Je prends l'animal comme un tremplin pour avoir des connaissances sur la société humaine et sur l'organisation urbaine», explique l'historien à propos de sa recherche sur les bêtes retrouvées dans les villes de la vallée du Saint-Laurent, soit Québec et Montréal, entre 1608 et le début des années 1840.
William Riguelle prenait part, au Cercle du pavillon Alphonse-Desjardins, aux premiers 15 minutes Postdoc. Il s'agit d'une nouvelle initiative de vulgarisation scientifique unique à l'Université Laval qui consiste, pour des stagiaires postdoctoraux, à présenter, pendant six minutes, un exposé clair et concis sur leur recherche et l'impact attendu sur la société en des termes simples et accessibles au grand public, et sans support. Le tout suivi de neuf minutes de questions.

William Riguelle a présenté sa recherche en des termes simples et accessibles au grand public, sans support, lors des premiers 15 minutes Postdoc, au Cercle, le 6 juin.
— William Riguelle
Nos ancêtres et les animaux
Ses travaux sont révélateurs sur nos ancêtres. Leurs interactions avec les animaux nous en apprennent sur leur rapport à la nature et à la violence, expose l'historien. Et même sur leurs divertissements: les journaux de l'époque annoncent la venue à Montréal d'une ménagerie composée d'un éléphant, de tigres, d'antilopes, de lamas et de pélicans, que les citadins pourront venir voir moyennant un paiement, tandis qu'à la même époque des courses chevaux sont organisées sur les plaines d'Abraham à Québec.
«Le fait d'importer des animaux en dit beaucoup sur la manière dont les colons vont vouloir s'implanter durablement», souligne le stagiaire postdoctoral. Il ajoute l'intérêt d'étudier l'impact de ces bêtes sur les Autochtones. «On va priver les peuples locaux de terres, puisqu'on va pratiquer l'élevage, on va déboiser, ce qui va susciter des conflits.»
Organiser la ville
En plus de s'intéresser à «l'humain du passé», William Riguelle se penche sur la ville, le milieu urbain d'autrefois, à travers les animaux qui ont une influence sur l'organisation spatiale, les transports et l'hygiène. «Imaginez-vous à Montréal ou à Québec au 17e, 18e ou 19e siècle. Vous rencontrez de nombreux animaux circulant dans les rues. Ils vont nécessiter une gestion, produire des excréments. Il va falloir des espaces pour les installer, pour les revendre au marché aux bêtes, pour les abattre.»
À cette époque, les chevaux tirent des charrettes sur neige et sur route, ce qui demande des règlements pour éviter les excès de vitesse et les accidents, poursuit-il. Sans compter les besoins en stationnement.
L'archéozoologie et autres sources d'information
Pour reconstituer le passé, le stagiaire postdoctoral indique qu’il travaille avec diverses sources d'archives: des documents de législation, des journaux, des procès, des correspondances, des sources iconographiques, comme des dessins et des gravures qui montrent l'aspect du paysage urbain, ainsi que des cartes et des plans.
Il s’appuie également sur l'archéozoologie, une discipline de l'archéologie qui étudie les restes d'animaux, les os retrouvés. «Pour moi, c'est très précieux parce que je sais exactement quelle espèce était présente à tel endroit et à tel moment.»
Plusieurs recherches ont été menées sur la conquête espagnole en Amérique, la perte de contrôle de certaines espèces qui sont revenues à l'état sauvage, les chevaux qui se sont répandus vers l'Ouest et les peuples autochtones qui se les sont appropriés, mais la présence animale en Nouvelle-France a été beaucoup moins explorée, a précisé William Riguelle, en réponse aux questions de l'assistance sur le choix de l'époque à l'étude et sur ce qui s'était fait ailleurs.
«À la différence de l'économie ou de la physique, l'histoire n'a pas les moyens de faire des prédilections exactes. On fait de l'histoire pour élargir nos horizons et mieux comprendre le monde dans lequel on vit», a-t-il soutenu en fin d'exposé.
La présentation de l'historien et celles de sept autres stagiaires postdoctoraux peuvent être vues sur la chaîne YouTube de la Faculté des études supérieures et postdoctorales, qui organise ce nouveau rendez-vous. La prochaine séance de 15 minutes Postdoc aura lieu à la session d'automne.