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Suivi de la pandémie à l’aide des eaux usées: il n’est pas trop tard

Québec n’est plus en mesure de suivre l’évolution du nombre de cas de COVID-19. Le suivi par les eaux usées peut faire partie de la solution.

Par : Jean Hamann
Peter Vanrolleghem:  «Il suffit qu'une personne sur 100 000 ait la COVID-19 pour qu'on puisse détecter la présence du SARS-CoV-2 dans un litre d'eaux usées».
Peter Vanrolleghem:  «Il suffit qu'une personne sur 100 000 ait la COVID-19 pour qu'on puisse détecter la présence du SARS-CoV-2 dans un litre d'eaux usées».

En raison du plafonnement des capacités de dépistage par tests PCR et de l'utilisation des tests rapides à la maison, le Québec ne sait plus combien il compte de citoyens atteints par la COVID-19. Pour cette raison, l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux admettait, dans son rapport du 6 janvier sur le suivi de l'évolution de la pandémie – un document qui sert à planifier les risques d'hospitalisation et les besoins hospitaliers à court terme –, qu'il «n'est plus en mesure de produire de façon fiable ce rapport de prédiction».

Il existe une autre façon, simple et peu coûteuse, de prédire l'évolution de la pandémie: mesurer la présence de fragments de SARS-CoV-2 dans les eaux usées des usines d'épuration. «Nous avons développé une méthodologie d'échantillonnage et d'analyse des eaux usées qui donne des résultats fiables pour suivre les tendances de la pandémie au Québec», explique Peter Vanrolleghem, professeur de génie des eaux à l'Université Laval et directeur de CentrEau, Centre québécois de recherche sur l'eau. 

Au cours des 18 derniers mois, grâce au soutien des Fonds de recherche du Québec et des fondations Trottier et Molson, le professeur Vanrolleghem et son collègue de McGill, Dominic Frigon, ont piloté un projet panquébécois qui a permis de peaufiner cette approche et de développer l'expertise pour l'implanter.

Cette approche ne permet pas de chiffrer le nombre de cas, mais elle donne des indications fiables sur les tendances dans le nombre de cas qui émergeront dans les jours qui suivent. «On peut l'utiliser pour prévoir les pressions sur le système de santé, pour planifier l'adoption de mesures sanitaires et pour en évaluer l'efficacité», explique le professeur Vanrolleghem.


« On peut l'utiliser pour prévoir les pressions sur le système de santé, pour planifier l'adoption de mesures sanitaires et pour en évaluer l'efficacité »
Peter Vanrolleghem, au sujet de la méthode de détection du SARS-CoV-2 dans les eaux usées

Rappelons que le SARS-CoV-2 peut être détecté dans les selles dès les premières heures qui suivent l'infection, avant l'apparition des symptômes et même en absence de symptômes. Les eaux usées donnent donc le portrait de la pandémie en temps réel, alors que les tests de dépistage accusent un retard de deux à sept jours sur le nombre de nouvelles infections. Par ailleurs, cette approche est d'une étonnante sensibilité. «Il suffit qu'une personne sur 100 000 ait la COVID-19 pour qu'on puisse détecter la présence du SARS-CoV2 dans un litre d'eaux usées, signale le professeur Vanrolleghem. On pourrait avoir l'heure juste sur l'évolution de la pandémie dans tout le Québec pour 25 000$ par jour.»


« L'équipe est toujours là et son expertise est à la disposition du gouvernement. On veut, on peut et on est prêt. Il n'est pas trop tard. »
Peter Vanrolleghem

Le professeur Vanrolleghem et ses collaborateurs ont présenté les résultats de leurs travaux au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec et à l'INSPQ il y a quelques mois. La réponse des autorités gouvernementales se fait attendre. Les problèmes que connaît présentement le système québécois de dépistage de la COVID-19 pourraient-ils faire bouger les choses? «L'équipe est toujours là et son expertise est à la disposition du gouvernement, répond le professeur Vanrolleghem. On veut, on peut et on est prêt. Il n'est pas trop tard.»

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