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Vie universitaire

Soutenir et accompagner les étudiants autochtones

L’Université Laval signe un partenariat historique avec la Fondation Mastercard qui favorisera l’accès, la poursuite et la réussite des études universitaires d’étudiants provenant de communautés autochtones du Québec

Par : Yvon Larose
Chaque année, l’Université Laval accueille quelque 400 étudiantes et étudiants autochtones provenant de communautés enracinées au Québec. De gauche à droite: Kate Lalo, Stephan Kanapé, Daisy Bellefleur et Marilou McKenzie-Fontaine. Les deux dernières sont inscrites respectivement au baccalauréat en science politique et au baccalauréat en enseignement au secondaire.
Chaque année, l’Université Laval accueille quelque 400 étudiantes et étudiants autochtones provenant de communautés enracinées au Québec. De gauche à droite: Kate Lalo, Stephan Kanapé, Daisy Bellefleur et Marilou McKenzie-Fontaine. Les deux dernières sont inscrites respectivement au baccalauréat en science politique et au baccalauréat en enseignement au secondaire.

L’Université Laval accueille chaque année près de 400 étudiantes et étudiants issus des Premiers Peuples. Les peuples représentés sont les Innus, les Hurons-Wendat, les Atikamekw, les Malécites, les Abénakis, les Algonquins, les Micmacs francophones et les Naskapis, ainsi que les Inuit. Aujourd’hui, le mercredi 5 janvier 2022, l’Université franchit un pas important vers ces étudiantes et étudiants avec l’annonce d’une entente exceptionnelle avec la Fondation Mastercard. Cette collaboration prend la forme d’une contribution financière de 15 millions de dollars étalée sur une période de cinq ans. Elle renforcera l’objectif de l’Université qui vise à accompagner les Premier Peuples partenaires dans leurs aspirations à accéder, à poursuivre et à réussir des études universitaires.

«Cette annonce est le résultat de l’engagement dont fait preuve la communauté universitaire depuis des années à l’endroit des communautés autochtones, explique le vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes, Robert Beauregard. Nous avons notamment une longue tradition de recherche en collaboration avec les peuples autochtones du Québec. La planification stratégique 2017-2022 de l’Université prévoyait un engagement institutionnel assez marqué à l’endroit de nos étudiantes et étudiants autochtones. C’est assez excitant de voir les développements en cours. Ces initiatives créent beaucoup d’enthousiasme parmi les étudiants autochtones et dans toute la communauté universitaire. On le sent chez les étudiants et les professeurs de plusieurs facultés. Tout le monde met l’épaule à la roue afin de répondre aux besoins. L’éducation est un levier formidable.»

Il y a un peu plus d’un an, le Conseil universitaire adoptait un document de première importance visant à consolider les activités de l’Université relatives aux peuples autochtones, L’Université Laval en action avec les Premiers Peuples. Ce document prévoyait notamment la création d’un Cercle des Premiers Peuples. Cette structure proposera une diversité de services et d’activités adaptés, comme la reconnaissance culturelle, l’intégration à la ville de Québec, le soutien psychologique et la recherche de bourses. Un système de mentorat sera mis en place pour que les étudiants les plus avancés puissent soutenir les nouveaux arrivés.

«Un ensemble d’actions viendra en appui à l’objectif de soutenir l’émergence de leaders parmi les jeunes Autochtones étudiant à l’Université Laval, souligne le vice-recteur. Nous voulons aussi doubler le nombre des étudiantes et étudiants autochtones d’ici cinq ans. Nous visons également le développement d’une base de professeurs d’université originaires des Premiers Peuples. Nous voulons en engager de cinq à dix d’ici cinq ans.»

Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, dit le proverbe. L’automne dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a confirmé le déploiement, sur le campus de l’Université Laval, d’un projet de milieu de vie destiné aux étudiantes et étudiants autochtones et à leur famille. Ceux-ci auront accès à des logements abordables, sécuritaires et répondant à leurs besoins. À même ces nouveaux milieux de vie, des services culturellement pertinents et intégrés seront proposés aux locataires ainsi qu’aux membres de leur famille. Les espaces permettront de valoriser les cultures autochtones.

«Ce milieu accueillant rappellera aux étudiantes et étudiants autochtones leur milieu d’origine, soutient Robert Beauregard. Il leur permettra de briser un certain isolement et de faire rayonner leur culture.»

De nombreux projets

Plusieurs projets verront le jour dans le cadre du partenariat avec la Fondation Mastercard. Des bourses de 3e cycle seront accordées à des doctorantes et doctorants autochtones, un microprogramme en archéologie destiné aux étudiantes et étudiants autochtones sera créé et une fin de semaine sur l’entrepreneuriat autochtone se tiendra annuellement. À cela s’ajoutent notamment une retraite annuelle en territoire éloigné ainsi qu’une formation pour gardiennes et gardiens du territoire.

«Le projet de retraite montre l’importance que les Premiers Peuples accordent au territoire, lequel est fortement ancré dans leur identité, affirme le vice-recteur. En retraite, les étudiants autochtones seront en contact avec leur culture et avec le savoir et l’expérience des aînés. Ce ne seront pas des échanges à sens unique. En s’engageant dans ces activités, l’Université s’enrichira. Elle en apprendra davantage sur la culture autochtone et pourra répondre au mieux aux besoins exprimés.»

Le programme de formation pour gardiennes et gardiens du territoire est actuellement en développement à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique. «Les diplômés issus des Premiers Peuples seront des professionnels qui connaissent les lois sur l’aménagement du territoire, les mines, la forêt, l’hydroélectricité, explique-t-il. Ils seront formés pour intervenir auprès des ministères, des sociétés d’État, des entreprises. Ce seront des intermédiaires entre ces dernières et les communautés autochtones. Ils s’assureront que l’intégrité du territoire soit respectée et que les projets de développement amènent des retombées économiques aux communautés.»

De Maliotenam à Québec

Kanessa Michel, 31 ans, et Yoan Jérôme, 38 ans, ont tous deux grandi dans la communauté innue de Maliotenam, près de Sept-Îles. Avec leur enfant, ils vivent aujourd’hui dans un logement de Québec tout en poursuivant des études de premier cycle à l’Université Laval, respectivement en design graphique et en géographie.

Leurs études collégiales, ils les ont faites dans la communauté abénakise d’Odanak, près de Sorel. À cet endroit, le collège Kiuna se consacre à l’éducation des Autochtones du Québec. Par après, ils ont étudié un an dans la métropole, à HEC Montréal pour la première et à l’Université du Québec à Montréal pour le second.

«Vivre à Montréal a été difficile, raconte Kanessa Michel. Nous avions vécu toute notre vie dans une communauté autochtone. Dans une aussi grande ville, c’est l’individualisme. On ne peut compter sur personne, on ne connaît pas ses voisins. À Kiuna, on n’a pas senti ça. On vivait dans la résidence étudiante. Les résidents préparaient leurs repas ensemble dans un esprit de communauté. Cet esprit, c’est ça qui nous manque pour faire grandir notre identité.»

Depuis 2021, les deux étudiants poursuivent leurs études à l’Université Laval, ce qui réduit du tiers les douze heures de route qu’ils devaient effectuer entre la métropole et Maliotenam.

À l’Université, la langue française représente une difficulté pour Yoan Jérôme.

«J’ai commencé à apprendre le français vers la quatrième année du primaire, explique-t-il. Dans mon parcours, j’ai réussi tous mes cours, sauf en cette matière. J’ai de la difficulté encore aujourd’hui. Je suis capable de m’exprimer correctement. Mais ça me prend plus de temps à écrire un texte.»

Kanessa Michel renchérit. «Notre langue est descriptive, dit-elle. Elle est claire, concrète, elle décrit la réalité, elle ne contient pas de mots à caractère symbolique. Elle est donc beaucoup plus facile à comprendre.»

Selon Yoan Jérôme, le contexte pandémique nuit à leur intégration. «Nous n’avons pas eu accès longtemps au campus, ajoute l’étudiant. Nous sommes là depuis l’année dernière et presque tout s’est passé en virtuel. On commence malgré tout à s’intégrer. On sent que l’Université est sérieuse dans sa démarche de renforcer ses liens avec les Autochtones. Mais c’est un peu difficile de voir du concret à cause de la pandémie.»

Yoan Jérôme est au courant du programme de formation pour gardiennes et gardiens du territoire. «Plusieurs espèrent retourner dans la communauté avec une formation adaptée», commente-t-il.

Choc culturel

Michèle Audette est adjointe au vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes et conseillère principale à la réconciliation et à l’éducation autochtone à l’Université Laval. En juillet 2021, elle était nommée sénatrice au Parlement du Canada. En plus de sa tâche de sénatrice, elle demeure à l’emploi de l’Université à raison de deux jours par semaine.

En décembre 2020, au Conseil universitaire, Michèle Audette a présenté le document L’Université Laval en action avec les Premiers Peuples. «Depuis un an, indique-t-elle, nous avons réalisé de petites et de grandes actions dans le dossier autochtone. Sans la COVID-19, le Cercle des Premiers Peuples, avec une équipe de soutien, serait déjà une réalité. Cet été, nous avons effectué une tournée des communautés autochtones représentées à l’Université. Nous entrons dans la décennie internationale des langues autochtones proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies et je crois que l’Université Laval pourrait être la première université à les reconnaître.»

Elle insiste sur l’éloignement géographique qui représente une difficulté pour les étudiantes et étudiants autochtones dans leur transition entre la communauté et un campus universitaire. «Je vois, dit-elle, un sentiment de choc culturel quand on quitte la communauté et qu’on arrive en ville.»

Dans leur enseignement à des étudiants autochtones, des professeurs réalisent que le français peut être une deuxième ou une troisième langue chez certains. «Cette situation, explique-t-elle, a amené certains professeurs à faire passer des examens en mode verbal à des étudiants autochtones.»

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